L’État de droit face à la terreur

etat de droit

Des gens pleurent leurs morts à l’heure où ces lignes sont écrites, de tous âges de toutes nationalités, de toutes confessions ou sans confession. À Nice, les messagers de la terreur ont de nouveau massacré à l’aide d’un camion fou qui happait ses victimes comme un Moloch furieux. Notre affection, nos larmes vont à tous ceux qui les pleurent.

Il faut plus que jamais comprendre ce qui se passe pour combattre et prévenir. La France connaît, avec ces attentats sur son sol, sa crise la plus grave depuis la fin de la guerre d’Algérie. L’État de droit est la cible de la terreur djihadiste. C’est à une guerre civile sournoise rampante qu’il veut nous attirer. Certains, en France même, sont prêts à répondre à son appel, ne nous le cachons pas, et la convulsion obsidionale que connaît l’Islam à la surface de la terre peut lui en donner les moyens. C’est pourquoi, policiers, militaires et juges doivent surveiller, anticiper, arrêter, condamner ou neutraliser, selon leurs compétences propres et dans le respect de la loi.

Les populistes xénophobes sont disposés à prêter main forte à ce sinistre dessein en déclarant la guerre à l’islam, oubliant bien vite que des centaines de milliers de musulmans ont déjà péri sous les coups des djihadistes. L’État de droit est la seule force capable de s’opposer au djihad et d’assurer la victoire car lui seul assure la cohésion de la Nation, lui seul peut éviter la fracture d’une société laïque et multiconfessionnelle, démocratique et multiculturelle. C’est-à-dire de notre République. Ceux qui veulent par sottise ou calcul, réduire l’État de droit nous conduisent la plus sûre des défaites. Et à nos déchirures.

Puisque ce sont les musulmans de France que Daech et ses séides veulent prendre en otage, l’occasion historique nous est donnée de faire corps ensemble. Durant les deux guerres mondiales, les musulmans de France et des colonies ont, avec éclat, donné leur sang pour le pays. Souvenons-nous en et, avec leurs petits-enfants ou arrière-petits-enfants, renouons cette alliance sacrée de la France libre.

Elle n’aurait jamais dû se défaire aussi médiocrement dans les quartiers délaissés des banlieues de nos cités. Mais ce qui est fait, et mal fait, l’est. Alors reconstruisons, ensemble, car nous ne vaincrons qu’ensemble. Pourquoi nous battons-nous ? Mal nommer les choses, dit Camus, c’est ajouter aux malheurs du monde. Alors oui, nommons ce pour quoi nous nous battons. Nous nous battons pour la liberté.

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Michel Rocard, un camarade, notre ami

rocard

Du chagrin. Oui c’est cela ce sentiment que je partage avec combien. Elle ne nous quitte pas depuis hier soir ou la mort de Rocard précède quelques heures celle d’Elie Wiesel. Faut-il que la faucheuse les prenne en bloc ?

Certes il avait 85 ans et il était malade, certes on savait, mais qu’importe. On peut toujours savoir, c’est quand la fin survient et que la séparation emporte que l’on prend conscience de la radicalité d’une absence.

Michel Rocard était un chef politique, un homme d’Etat, un militant de gauche qui tutoyait, là ou Mitterrand voussoyait, c’était un intellectuel curieux et vif, et c’est pourquoi les économistes et les sociologues l’estimaient tant. Il était parfaitement conscient des vicissitudes humaines, des petitesses et de la noirceur des âmes, il redoutait l’angélisme « dangereux » lui qui ne se lassait pas de vouloir un monde où les structures de violence et d’injustice soient bannies, tant il pensait qu’un rien pouvait déchaîner la folie violente des hommes.

Engagé, comme rares, contre la guerre d’Algérie, collant des affiches la nuit et reprenant son poste d’Inspecteur des Finances le jour, signant dans Tribune socialiste sous le nom de Michel Servet, le théologien mis au bûcher par Calvin, Rocard, un protestant au sein du protestantisme, amical, passionné, exalté disaient les tièdes ou les prudents, tel fut l’un des patrons, au sens du calendrier catholique,  de la 2e gauche française, Michel Rocard.

Il avait intégré le pourrissement de la vielle SFIO et craignait le retour des vieux chevaux de la 4e, fourbus dans les péripéties politiciennes et tous ou à peu près tous compromis dans les désastres coloniaux. Il avait compris la profonde mutation du corps social, l’arrivée des baby-boomers, la paysannerie modernisée, la nouvelle classe ouvrière analysée par Serge Mallet et la déconfiture du communisme.

Ami du Tiers Monde il rallia le camp de la jeunesse en mai 68. On le voit au stade Charléty avec Mendès France, taisant. Et il tentera de Lip en Larzac, de projet autogestionnaire en liens privilégiés avec la CFDT, de construire une alternative au PS de François Mitterrand qu’il finit par rejoindre en 1974. Séparation.

Il a échoué sur le plan politique. Il ne croyait pas au socialisme juridique de la nationalisation. Les faits lui ont donné raison. Avec Edmond Maire il pensait pouvoir subvertir le nouveau PS. Mauroy lui apporta son concours. Échec, et rancune tenace du vieux monarque qui ne se lassa pas de lui faire barrage jusqu’au bout. Et pourtant les Accords de Noumea, le RSI / RMI, la CSG c’est lui.

En 1969, Delors était au cabinet de Chaban-Delmas pour construire une nouvelle société. Lui le 2e pape de la 2e gauche, car elle en eut deux, rallia Mitterrand pour le tirer sur le côté quand Rocard l’affrontait de face. Aucun des deux ne réussit, l’un parce que défait, l’autre par refus. Mais l’un a refait la gauche, Rocard, et l’autre a refait l’Europe, Delors. La deuxième gauche était donc la première.

Car je ne peux que les associer, avec Pierre Mendès France pour être sûr au fond de moi que si gauche il y a encore, et si demain gauche il y aura, c’est dans les 60 dernières années à ces trois-là que l’on pensera, car bien que peu habiles, piètres politiciens en vérité, ils restent une éthique, une référence, en un mot notre fierté.

Adieu Michel Rocard, Témoignage Chrétien perd un ami. Mais pour tous ceux qui parmi ses lecteurs, furent rocardiens, et ils sont nombreux, le souvenir reste et ce qui va avec, la transmission.

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Europe, stop or go ?

drapeau Europe

Le Royaume-Uni a sans doute commis une faute par rapport à ses propres intérêts. Envers l’Union européenne aussi. Mais le Royaume-Uni ne l’est pas et les nations qui le composent sont aujourd’hui à la recherche d’un avenir qui ne soit plus commun. Rien que cela suffit à dénoncer ce referendum absurde, mal préparé, soumis aux démagogies les plus viles, relayées par des médias couchés devant une opinion dont on ne sait plus qui de celle-ci ou de celles-là est à la remorque de l’autre.

Là-dessus les faits sont têtus et il faut tenir bon : lorsque le résultat d’une consultation agit comme une bombe à fragmentation, la démocratie est la première perdante. L’opposition des deux anciens amis de collège, Cameron et Johnson, que rien ne distingue, sauf la compétition comme au bon vieux temps de leurs chambrées communes, la violence langagière de l’extrême droite anglaise, son passage à l’acte meurtrier, et le poison souverainiste de M. Ferrage, à quoi il faut rajouter la tiédeur du chef du Labour dont on a su il a a dix jours seulement qu’il était contre le Brexit… tout cela a précipité ce désastre.

La terrible médiocrité du commandement tory est à peine croyable. Shame !

Quant à la gauche ses tergiversations ne valent pas mieux. C’est là toute l’ambiguïté de la critique « de gauche » de l’UE. A force d’idéaliser une UE qui n’existe pas et de révoquer celle qui existe, ce sont les détracteurs souverainistes qui gagnent la partie. Brexit, exit Cameron et exit l’unité du Labour, lui aussi défait.

L’Europe est un parlement de 27 Etats et elle n’est que l’expression contrariée, composite et mélangée d’intérêts nationaux, de choix économiques ou idéologiques différents. C’est pourquoi accabler l’ « Europe » en tant que telle est aberrant. Cette critique est aussi stérile que de reprocher au soleil de bruler ou à la pluie de mouiller.

On aurait bien tort de se réjouir ou d’appeler à une décentralisation des entreprises fixées à Londres à Paris ou en Île-de-France. Il y a là outre une certaine indécence consistant à danser sur un cadavre qui bouge encore, un calcul à bien court terme. La vérité est toute autre.

La Grande Bretagne y perdra et l’UE aussi. La Grande Bretagne représente 15% du PIB de l’UE, qui s’en va. Inutile de faire de grands discours. C’est une amputation.

L’UE devrait-elle sur réagir et trouver en trois semaines la formule magique ? Qui y croit ? D’abord l’UE est un traité et exige l’accord de ses 26 membres, 26 États censés représenter 26 peuples. Qu’on ne vienne pas nous bercer de la litanie de peuples mystifiés ou absents.

En Grande-Bretagne les peuples se sont exprimés et ils se sont révélés divisés. Il en va de même dans toute l’UE qui va de l’extrême gauche, que ce soit en Espagne, peut-être jusqu’à l’extrême droite de l’Europe orientale. Mais à ce petit jeu l’extrême-droite nationaliste gagnera car le souverainisme c’est son affaire et le nationalisme suivra. Les chefs de l’extrême-gauche en France ou en Espagne feraient bien d’y réfléchir. La fin de l’Europe signerait le glas des peuples et leurs rêves sociaux. D’eux à vrai dire, des chefs, on s’en fiche un peu.

Quant à la gauche et la droite, ce qu’il convient d’appeler les forces du milieu, la mise en parenthèse de leur incessante guérilla pour jouer le jeu de l’unité pro européenne ne convainc personne. Elles feraient bien d’y réfléchir.

Avec suffisance, et disons-le une certaine inculture, les médias recommandent de passer à l’action…mais lorsque l’on voit combien il est déjà difficile de décider en un seul pays avec un consensus minimal pour assurer sa paix sociale et sa cohérence politique, on voit combien ce sera difficile en UE.

Ce genre de choses relève du temps long. C’est d’un temps anthropologique dont il s’agit, pas d’un temps politique. Ce n’est pas tant l’Europe qui est en cause que la politique des gouvernements de chaque pays, tout à tour soumis à un concours de Balltrap, tous aussi irrésolus que le populisme montant est déchaîné.

En attendant il faut nous préparer à des jours des mois et des années difficiles. Ne nous berçons pas trop d’illusions sur la résurrection d’un couple franco-allemand économiquement très éloigné. Il faudra conserver nos liens avec la Grande Bretagne même si elle n’est plus le Royaume Uni. N’insultons pas l’avenir. Elle est notre voisine notre alliée et notre amie. Il faudra se souvenir que la jeunesse britannique a voté massivement pour l’UE. Et un jour, un jour nous nous reverrons, comme au bon vieux temps passé, comme le dit la vielle ballade Écossaise qui a fait le tour du monde.

Mais il faut que Dieu, et les peuples, d’ici là sauvent l’UE. Pas joué.

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« L’Europe est le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres »

joecox

Jo Cox a été assassinée par un  homme d’extrême droite, apparemment lié à l’Alliance nationale, mouvement néo-nazi basé aux USA. Il aurait crié le slogan Britain first du mouvement ultra nationaliste du même nom, raciste et violent.

Les medias ont immédiatement évoqué un passé psychiatrique, peut-être mais chaque acte de violence révèle d’abord une violence et la violence sociale ne saurait se réduire à une pathologie. Ce serait se rassurer à bon compte. L’homme qui a tiré plusieurs coups de feu sur la députée britannique et l’a achevée à coups de couteaux est un homme raciste et violent qui est passé à l’acte. Aux experts de dire ce qu’il en est de son état mental…

Plus que jamais nous disons à nos amis anglais, nos alliés, nos voisins : restez, remain, nous avons besoin de vous comme vous avez besoin de nous.

Votre solitude orgueilleuse, prônée par des nationalistes et des démagogues suivis par combien de gens égarés ne vous apportera que plus de difficultés encore. L’assassinat de Jo Cox n’en est qu’une illustration tragique. On déteste les étrangers puis ensuite on se déteste soi-même, et d’ailleurs c’est peut être le contraire on se déteste tant soi-même que l’on déteste les autres.

La sauvagerie de cet assassinat nous ramène sur terre et sur ce que l’Angleterre n’est pas l’Eldorado libéral vanté par les amateurs de contines pour enfants qui ont la bien fâcheuse et naïve tendance à réduire l’Angleterre à la City de Londres.

Brexit No ! Remain !

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Orlando ou le monde humain par Yves Lemoine

Suite à la tuerie haineuse et homophobe d’Orlando, Yves Lemoine,magistrat honoraire, conseiller à la Cour, et historien, publie un texte poignant paru dans Témoignage Chrétien.

empire state building arc en ciel

Il faut pleurer les morts d’Orlando et les blessés qui sont aussi nombreux que les morts. Cent homosexuels qui par le seul fait de sortir ensemble manifestaient la totale liberté de se distraire, de jouir ensemble.

Oui, droit total. C’est notre façon d’être depuis si peu de temps et après tant d’humiliations subies, de mesures vexatoires, de discriminations. Liberté de vivre sa sexualité en-dehors des prescriptions bigotes, des insultes cléricales, des injures déversées telles qu’on a pu les entendre dans les manifestations contre le mariage pour tous.

Je n’étais pas convaincu de l’opportunité de ce mariage. Aujourd’hui les morts d’Orlando nous rappellent que les injures d’ici sont les morts de là-bas. Alors oui, sur le front de la liberté d’être simplement humains ce droit est devenu incontestable.

Une sorte de champ d’honneur qui répond dans le lointain comme un tragique écho de cette même logique aux coups de la police newyorkaise lors des émeutes de Stonewall en 1968. C’était bien après la déportation des « triangles rose » des camps de concentration. Rien ne fera plus jamais qu’on retire le droit aux homosexuels d’être avec qui ils veulent, mariés. Ils ont acquis ce droit avec le sang et on ne discute jamais ce droit du sang.

Le déni de cette liberté met maintenant les tenants d’un ordre moral du côté de la kalachnikov. Il y a du sang désormais sur ces dénis bibliques ou coraniques. Là encore c’est la liberté qui se trempe dans ses linceuls. Que les prêtres prennent garde à ne pas être, une fois encore, du côté d’un ordre moral qui n’est plus que celui des cimetières.

La colère humaine doit être convoquée, son indignation manifestée, son deuil proclamé avec fierté. Oui, frère et sœurs homosexuels, la justesse de notre combat, comme hélas souvent dans notre espèce humaine, baigne dans un océan de sang.

A nos frères et sœurs, à nos amants musulmans, nous faisons l’accolade fraternelle, eux qui dans tous les pays musulmans hormis l’Irak risquent le fouet la prison ou la mort pour être des hommes qui aiment des hommes ou des femmes qui aiment des femmes. Les peines de mort prononcées en Afrique, les emprisonnements dans tant de pays de gamins et de moins jeunes qui s’aiment d’un amour sincère ont trouvé une famille de sang. Le sang à Orlando n’est pas leur fait.

Que nous sommes heureux d’être les fils de la liberté. Dans la revue Esprit en 1970 il y eut un débat entre Jean-Marie Domenach et Pierre Claude Nappey. Je vivais des vingt-quatre ans angoissés. Je compris que je vivais dans un pays plein d’espérance à la lecture de ce débat qui ouvrait le numéro de la prestigieuse Revue.

Dans une de ses pensées Montesquieu écrit : « en matière de sexualité c’est Dieu qui se conforme à la volonté des hommes et non le contraire ».

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La question des primaires ne se pose pas pour un Président qui sollicite un nouveau mandat.

Dès son élection et quel que soit son parti politique, il ne lui appartient plus.

Tel est l’esprit des institutions de la Vème République.

Prétendre le contraire, c’est priver les français du droit fondamental et du privilège dont ils disposent de sanctionner ou de valider le mandat du Président sortant.

Imposer un système de primaires à un Président sortant, et pour celui-ci l’accepter, revient à redonner un pouvoir aux partis que les primaires avaient précisément voulu réduire.

Si les partis restent libres de soutenir ou non le candidat-Président qui était issu de leur rang, ils sont libres de présenter un candidat contre lui mais devant le suffrage universel. Ils n’ont pas à s’instituer en conseil de famille pour priver les citoyens de leur droit imprescriptible à juger le quinquennat d’un Président qui est, dès le jour de son élection, le Président de la République et pas le Président de la gauche, du centre ou de la droite.

Pour n’avoir pas réfléchi à l’hypothèse dans laquelle on se trouve,  le débat sur les primaires de gauche, comme peut-être demain sur des primaires de droite dans une hypothèse comparable, aboutit nécessairement à une impasse.

Enfin, et sur un plan qui n’est plus constitutionnel mais strictement politique, imposer une primaire à un Président sortant c’est, qu’on le veuille ou non, une motion de défiance.

Ces deux questions relèvent exclusivement du droit constitutionnel et d’une problématique politique. Ni de près ni de loin, elles ne révèlent d’une quelconque éthique.

Voilà pourquoi, estimant que ce n’était pas de sa compétence, et pour éviter toute confusion des genres, je me suis placé en retrait provisoire de la Haute Autorité du parti socialiste et ceci pour des considérations d’ordre strictement éthiques.