Primaires et think tanks, le démantèlement des partis

partirepublicain

La semaine dernière, nous détaillions l’influence des primaires sur les partis politiques. Aujourd’hui nous complétons cette analyse avec leurs conséquences sur l’élaboration des idées, désormais hors partis, et la façon dont le système fait du vainqueur un débiteur.

C’est un fait, les partis ne sont plus ce qu’ils étaient. Les primaires poursuivent un lent et inéluctable processus de réduction de leur rôle comme de leur pouvoir et achèvent de les « cornériser ». Ce fait est bien connu aux États-Unis, où le parti en tant que tel n’occupe pas de place significative, sinon comme organisateur de campagnes et monteur de chapiteaux. Question : qui connaît le nom des présidents des partis démocrates ou républicains aux États-Unis ? Silence. Tout est dit.

En France, les sympathisants électeurs se substituent aux militants alors que telle n’était pas du tout la tradition française. L’impossibilité devenue chronique des partis à vivre « normalement », en accord avec leurs canons et l’éthique revendiquée, a achevé un processus né avec l’élévation du niveau culturel des citoyens et de la communication de masse.

Car les partis ne détiennent pas davantage l’expertise qu’ils n’expriment, à eux seuls, le suffrage universel.

Voyons les primaires. Il faut encore un parrainage d’adhérents et d’élus pour se présenter. C’est le dernier rempart, digue fragile dressée pour interdire l’entrée des électeurs dans le lit nuptial ; mais ils sont déjà dans la chambre à coucher. Combien de temps cela durera-t-il ? Demain, une pétition de 25 000 ou 50 000 simples électeurs sympathisants devrait suffire pour valider une candidature.

Voyons les idées. Les partis ont perdu le monopole de la production des idées programmatiques. Les idées naissent en dehors des partis, dans la société, dans les organisations professionnelles et associatives, à l’abri du risque corporatiste dans les clubs de réflexions, laboratoires de recherches ou think tanksdébarrassés de toute contingence tactique ou organisationnelle. La liberté intellectuelle indispensable y est totale alors qu’elle ne l’est évidemment pas dans les partis, eux-mêmes enjeux de pouvoir dans leur conquête du pouvoir.

Inconvénient que relevait récemment Jean-Marc Ayrault, les nominés à la primaire, éliminés du premier tour, négocient leurs voix, dont pourtant ils ne sont pas les propriétaires, et reviennent par la petite porte. Le président élu devient en quelque sorte l’obligé des recalés du premier tour, devenus ses alliés. Des ducs jaloux de leur pouvoir, sortes de nouveaux princes du sang, et non de féaux. Que pèse alors le Premier ministre, s’il n’a pas été lui-même candidat à la primaire, face à eux ? Le Conseil des ministres redevient un bureau national de parti lorsque la marée basse met à nu les récifs, sur lesquels on s’échoue… Restauration sournoise ? Affaissement de la primature dans tous les cas.

La fin des partis d’antan résulte de la remise en question du fait que la volonté pouvait s’affranchir des réalités. Les yeux se dessillent alors que les partis d’avant-garde s’effondrent avec la chute du communisme et que le gaullisme n’existe plus qu’en tant qu’imaginaire. Les adhérents des partis ne sont plus juchés sur l’oppidum du savoir. La politique s’élabore dans la société, dans ses lieux de réflexion, les électeurs désignent les candidats. Dernier privilège, les partis les sélectionnent encore, car si on peut agir en politique partout, on fait une carrière politique dans les partis, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Les partis gèrent les investitures comme la préfecture de Police attribue des licences aux chauffeurs de taxi. Bien des cadres de parti, il est vrai, s’en satisfont.

Nous sommes – enfin ! – entrés dans l’âge de la politique ordinaire. L’exaltation des congrès de parti, la grandiloquence suspecte et les rêves pour demain… tout cela est caduque, voire loufoque, et, surtout, cette sacralisation quasi théologique de la volonté, cette « métaphysique de la volonté » évoquée par Rosanvallon achève sa course. D’une certaine manière, la privatisation de la politique par les partis prend fin. La politique devient un bien public. Mais ce bien est périssable et, il faut le savoir, il a un ennemi mortel : l’apathie des citoyens.

Lire l’article de Témoignage Chrétien

Le burkini n’est pas une kalachnikov

Témoignage Chrétien, dont je suis le co-directeur, se définit en ligne comme « un site chrétien démocratique et fraternel ». Cet engagement, qui fut aussi celui de nos aînés dans la Résistance ou contre la Guerre d’Algérie, nous amène à dire haut et fort, aujourd’hui, que « la liberté religieuse est une liberté tout court ».

Que se passe-t-il ? Un grand nombre de maires du Sud-Est de la France comme celui du Touquet, dont il faut bien noter que beaucoup sont en pré-campagne électorale, prennent des arrêtés anti-burkini au point que cela devient une épidémie réglementaire, certains pour sanctionner, d’autres pour prévenir. Peut-être même verra-t-on des maires des communes non littorales prendre des arrêtés anti-burkini.

Les nécessités de l’ordre public peuvent justifier des restrictions aux libertés de circuler, de venir ou de stationner. Le Conseil d’Etat a, justement, posé les limites de ce type de mesures. Le droit de se vêtir comme on l’entend reste une liberté, et c’est la nudité publique qui constitue parfois même une infraction. Les mesures de restriction des libertés doivent être strictement nécessaires, limitées dans le temps et après que  les pouvoirs publics aient avoué n’avoir pas d’autre solution.

Sur le burkini, ne nous le cachons pas, il y a débat. Combien de musulmans expriment eux-mêmes leur réserve vis-à-vis des tenues vestimentaires des femmes musulmanes dont il est évident qu’elles obéissent à une tradition, voire à une injonction religieuse. Ce sont notamment les musulmans ayant supporté dans leur pays l’oppression d’une religion omniprésente qui l’expriment le mieux. Leur réaction est légitime. Il faut cependant prendre la mesure des choses et garder notre sang froid. Ce n’est pas le burkini qui tue mais les kalachnikovs qui mitraillent et les camions qui écrasent.

Les musulmans savent que dans tous les Etats où les conceptions les plus dogmatiques du Coran sont appliquées, hégémonisant toute loi civile, les femmes sont voilées, du simple voile au hijab ou à la burqa sans que l’on puisse distinguer ce qui relève de l’adhésion ou de la contrainte. La différence majeure dans notre pays est que l’Islam,  deuxième religion en nombre de fidèles, n’a pas ni ne peut prétendre à une quelconque hégémonie sur la société civile. La laïcité l’interdirait, Dieu soit loué …( !) Ce genre de question doit donc se manier avec une extrême prudence car l’allumette est toute proche du baril de poudre. Il y a quelques jours, une femme revêtant un simple voile, a dû se mettre en tenue de baigneuse sur les injonctions de trois fonctionnaires de police. Il ne s’agissait pas de burkini. Cette scène a fait le buzz et a été commentée avec une extrême sévérité par de nombreux medias étrangers qui ont vu là, justement, une atteinte aux libertés. Or, laïcité rime avec liberté.

Dans notre pays, qui a été crucifié par la violence des guerres religieuses intra chrétiennes, et 444 ans après le massacre de la Saint-Barthélemy dans les rues de Paris où, sur ordre de la Reine et de la Ligue catholique du Duc de Guise, 11.000 français protestants, ont été massacrés dans les rues de Paris, la question religieuse est évidemment très aigue. Si la laïcité prend aujourd’hui un tournant doctrinaire à son tour c’est peut-être en réminiscence de ce passé terrible où les protestants français ont été chassés du royaume par la révocation de l’Edit de Nantes en 1685. N’oublions pas non plus que du fait de leur appartenance au judaïsme des dizaines de milliers juifs de France ont été déportés dans les camps de la mort. Les juifs savent combien un antijudaïsme religieux ayant pris germe dans le monde chrétien, en violation patente de la règle évangélique fut un facteur de drame dans leur communauté et de honte pour ce pays. Témoignage Chrétien est né en 1940 de ce refus-là. La France paie encore le prix de ces massacres de masse où le fanatisme religieux, ou antireligieux, s’est accouplé à des stratégies de puissance et de destruction.

Aussi, devons-nous apprendre à vivre avec l’Islam et l’Islam apprendre à vivre en harmonie avec une société laïque. Certains voudraient, on le sent bien, qu’il soit invisible. C’est aberrant et M. Chevenement  dans cet appel incongru à « la discrétion » des musulmans apporte sa pierre à cette logique de mise en résidence surveillée de l’Islam en France. La religion n’est pas un fait strictement privé, et si chacun vit sa foi de façon singulière, c’est un fait social massif. Beaucoup se disent catholiques, protestants, juifs ou musulmans, par tradition familiale, culture ou fidélité communautaire, sans foi particulière ni même sans avoir examiné les ressorts de leur croyance. Voilà pourquoi il y a autant de demeures dans chaque grande religion et toute globalisation est un amalgame. Le nuancier des appartenances religieuses est un jardin anglais.

Avec la mondialisation et la modernité, l’Islam, comme le christianisme avant lui, est confronté à une modernité issue des Lumières alimentée par la science, les progrès techniques et les droits humains. L’Islam ne disparaîtra pas, il se modifiera et mieux vaut que les théologiens musulmans fassent leur travail comme les catholiques ont su le faire en leur temps de Saint Thomas d’Aquin à Pierre Teilhard de Chardin sans oublier l’abbé Grégoire, comme les protestants de Calvin et Luther jusqu’à Dietrich Bonhoeffer et comme les juifs qui ont tellement aimé la République car elle devait les défendre  contre la malveillance de l’antijudaïsme. Les irlandais catholiques ont trouvé aux Etats-Unis dans la révolution américaine et les Lumières le bouclier qui les a protégés du mépris de la violence haineuse dont ils furent victimes des protestants anglais, ils ont constitué depuis une grosse minorité libérale aux Etats-Unis.

Les grandes religions monothéistes n’ont d’avenir possible, souhaitable et acceptable qu’à la condition de s’hybrider dans un mouvement de dialogue entre elles et avec les autres religions. Elles sont en partage du même Dieu  et leur avenir est dans les sociétés démocratiques dont la laïcité française est une des formes, même si pas la seule. Des communautés peuvent en effet exister et même de manière visible. Le 15 août, les catholiques ont par milliers défilé dans les rues, sur leurs lieux de culte avec leurs étendards. Qui y a vu un problème alors que maintes fois les prières contraintes des musulmans dans la rue, privés de lieux de culte dignes, suscitaient la colère ?

Il existe un fond historiquement hostile à l’égard de l’Islam dans ce pays. Il ne s’agit que de lire les textes de Charles Maurras d’une violence qui n’avait d’égale que son style contre l’édification de la mosquée de Paris en 1927 édifiée en reconnaissance des soldats musulmans morts pour la France lors de la première guerre mondiale. Il est le vrai fondateur de la théorie du remplacement.  Il a été condamné à la Libération pour haute trahison à la réclusion criminelle à perpétuité et à l’indignité nationale…

Aucune enclave communautariste ne doit, certes, être acceptée dans notre pays. Quel est le sens de cela ? Tout groupe minoritaire nouvellement arrivé ou nié – qu’il soit ethnique ou même régional comme les bretons ou les corses, les minorités confessionnelles ou liées à des orientations sexuelles, voire les femmes elles-mêmes – se constitue d’abord en communauté pour s’inscrire progressivement dans la communauté nationale. C’est un passage obligé.

Le monde musulman, en recherche de paix, tirera profit de cette expérience singulière. Le monde entier  la saluera et puisque nous sommes si fiers de nous, et quelque fois à l’excès, alors oui et à ces conditions nous pourrons dire qu’elle était la marque du génie français.

Communauté n’est pas communautarisme, laïcité n’est pas cécité, religion n’est pas sectarisme. Et la liberté religieuse est une liberté tout court.

Les primaires, le pire des systèmes… à l’exception de tous les autres

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Avant-goût des présidentielles, les primaires occupent largement l’espace politique et médiatique. Que ce soit sur les partis, la vie politique aujourd’hui ou le fonctionnement des gouvernements, elles ont des effets non négligeables et sont révélatrices de failles qui peuvent devenir béantes. Première partie de notre analyse sur ces désormais incontournables préélections.

Y en aura-t-il pour le PS et les écologistes ? Et comment se passeront-elles pour Les Républicains ? Je résume les abîmes de réflexion dans lesquels verse la profession médiatique. Une autre question reparaît aussi : les primaires ne tuent-elles pas la vie politique et les partis ? Étrange nostalgie d’un passé pas si glorieux que cela. Tout cela ne nous emmènera pas bien loin.

Ce sont les États-Unis qui, à la fin du XIXe siècle, installent cette formule de sélection des candidats au coeur d’un système franchement présidentiel. Il dure encore et les campagnes primaires de Trump et Clinton ont satisfait à la règle : on bat l’adversaire de son propre camp à grand renfort d’électeurs et l’on s’allie ensuite à lui en reprenant des éléments de son programme – c’est le cas pour Clinton et Sanders –, ou on les envoie au diable – c’est le cas, plus rare, pour Trump.

En France, disons-le tout net, les partis n’ont pas bonne presse. Ils se sont effondrés lors de la défaite de 1940, qui, tant pis pour la réécriture euphorisante souhaitée par M. Fillon, a révélé l’ampleur du désastre français et la pénétration du venin maurrassien. De Gaulle ne les estimait guère et était sans doute plus en accord avec Brossolette, personnage inspiré et héroïque, qui voulait absorber les partis de la IIIe République dans un grand parti de la Résistance. Homme de gauche, il fut exclu de la Section française de l’internationale ouvrière (SFIO)… mais les nazis rendirent l’exclusion inutile. Moulin, héros immense, figure du radicalisme, les associa au sein du Conseil national de la Résistance. De Gaulle le soutint car c’était sa légitimité politique qui était en jeu. Sa raison parlait pour Moulin, mais son coeur était resté avec Brossolette. Dans la débâcle de 1958 et des guerres coloniales (que de débâcles ! et l’on s’étonne de la morosité française…), le retour de de Gaulle signa la capitis deminutio des partis, « expression du suffrage universel » et rien de plus. Et encore fut-ce une concession de de Gaulle faite à Debré. Mendès France, Cassandre inquiète, qui n’aimait ni les partis existants ni l’élection du président au suffrage universel, fut écarté par tous.

Les gaullistes créèrent autour de de Gaulle le Rassemblement du peuple français (RPF), qui devint avec l’Union pour la Nouvelle République (UNR) puis l’Union des démocrates pour la République (UDR) un parti ordinaire autour de Pompidou, concurrencé par la droite orléaniste giscardienne. Mitterrand ravit le PS à l’honnête Alain Savary pour en faire l’instrument de la prise du pouvoir présidentiel et de la marginalisation en son sein de son rival Michel Rocard. Bref, il ne resta plus que des partis formatés, devenu des machines de pouvoir au service des programmes dans le meilleur des cas et des ambitions personnelles dans la plupart des autres.

Nous en sommes là avec le tête-à-queue du congrès de Reims du PS et la folle équipée de l’UMP dans la désignation de son chef, les juges attendant aux portes. La présidentialisation du système a jusqu’au bout écrasé les dernières velléités des partis à servir de lieux de débat démocratique. Voilà pourquoi PS et LR ont choisi de se mettre à l’abri derrière leurs sympathisants pour retrouver par le nombre une efficacité ou du moins une légitimité qui avait disparu et que, selon moi, ils ont définitivement perdu sous les formes actuelles.

Reste le noyau des survivants de l’ère glaciaire, les partis césaristes à vocation autoritaire, le FN ou Debout la France à la droite extrême et, dans la gauche dite radicale, le Parti de gauche. Là, on ne discute pas, les chefs décident… mais n’est pas de Gaulle qui veut. Les primaires, décidément, c’est ce qui reste lorsque l’on a à peu près tout perdu.

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Je suis encore  interrogé dans les médias sur mon appartenance à la Haute Autorité ou les raisons de mon départ.

Afin qu’il n’y ait plus aucune espèce d’ambiguïté sur ce sujet, bien mince, voici la lettre que j’ai adressée au Premier Secrétaire en temps voulu et qui contient l’intégralité des motifs de ma décision.

lettre JC Cambadelis

JO de Rio : à quels jeux jouons-nous ?

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10 500 athlètes, 200 nations, 3,6 milliards de téléspectateurs en prévision et des droits de retransmission de plus de 2 milliards de $ un montant de 2 milliards $ de contrats d’assurance. Le budget du Comité d’organisation est de 2 milliards €. Ces chiffres disent tout sur l’événement le plus médiatique du monde. L’olympisme le mérite-t-il ?

Pour répondre il faut tout connaître. L’État d’accueil celui Rio en faillite a dû demander l’appui de l’État fédéral. Le montant des sommes engagées s’élève à un peu plus de 10 milliards de € ce qui est énorme, mais néanmoins inférieur à ceux de Pékin 32 milliards et même de ceux de Londres 10,4 milliards €.

En parallèle il faut souligner que les fonctionnaires accusent un retard de paiement de leurs salaires, et que les infrastructures urbaines font défaut hormis la ligne de métro spécialement réalisée pour permettre l’accès à la zone des jeux. Elle n’est pour l’instant réservée qu’aux acteurs et spectateurs munis de tickets des compétitions.

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Photo : cérémonie d’ouverture des Jeux de Rio 2016. Fernando Frazão/ Agência Brasil,

La cérémonie d’ouverture fut une fête. Une très belle fête. Des délégations jeunes et joyeuses, le monde au rendez-vous, et un show a vocation pédagogique réussi. Le Brésil de la conquête Portugaise, l’asservissement des indiens, puis la traite négrière, rien n’a été caché. L’exceptionnel multiculturalisme de la société brésilienne, son métissage bien symbolisé par l’harmonie de la samba et du rap, l’angoisse environnementale et le réchauffement climatique, il n’y a rien à dire sauf à saluer .Cela devait être rappelé et magnifiquement. Le bonheur d’un public qui s’exprime autant par la danse et les rythmes, c’est le Brésil et ne faisons pas la fine bouche, c’est intense et l’on a un regret, ne pas être dans les gradins du Maracaña.

Et pourtant. Les manifestations avant et pendant les jeux n’ont pas cessé. Le président par intérim Michel Temer a été hué devant 3 milliards de télespectateurs. Il avait de quoi s’essuyer le front…alors que ni la présidente Dilma Roussef, en voie d’être destituée et remplacée par des personnages à la probité suspecte, n’était présente. Coup d’État soft ? Ni Lula, dont la politique a sorti des millions de Brésiliens de l’extrême pauvreté, ni Pelé, pour d’obscures raisons de santé à moins que ce fut pour des susceptibilités de sponsoring.

Et un pays dont la moitié de la population s’est déclarée hostile aux Jeux en raison de leurs coûts. Ils ne sont pas les seuls. En novembre 2013 les Bavarois consultés pour les jeux d’hiver par referendum les ont refusés, les Suédois aussi. Ils se souviennent peur être que les jeux d’Athènes ont aggravé la dette interne du pays de près de 2%.

Enfin il y a le dopage qui a mis en exergue le comportement de la Russie, de la Russie en tant qu’État instrumentalisant les jeux au paroxysme de la puissance politique jusqu’à prêter l’assistance de ses services parallèles pour manipuler le résultat des examens des athlètes russes. Finalement 111 se sont vus refuser leur participation aux Jeux par leurs fédérations internationales respectives. Poutine avait prévenu « Priver la Russie des Jo équivaut à une déclaration deguerre ». Peut-on être plus clair ? La Russie a cependant l’habitude des camouflets puis que les Jeux de Moscou en 1980 avaient enregistré la défection de 50 États après l’invasion de l’Afghanistan.

L’olympisme est un idéal qui survit à ses trahisons. Il y a toujours un Jessie Owens pour rendre furieux un Hitler qui voulait faire des jeux de Berlin une séquence de triomphe de la doctrine aryenne. Il y a toujours à Mexico un Tommy Smith et un John Carlos pour brandir sur le podium en 1968 leurs poings gantés de noir en protestation contre la ségrégation raciale aux États-Unis, et même s’il y a des commandos de la mort pour massacrer des athlètes israéliens dans leur chambre d’hôtel à Munich en 1972. Il y a toujours les jeux, la politique, l’argent, la joie et la générosité, la loyauté et la tricherie, l’esprit de puissance et la mort. Et néanmoins une conscience politique évidente quand la petite délégation des réfugies précédés du seul drapeau olympique se fait acclamer dans le grand stade du Maracaña.

Faut-il persévérer ? Oui car l’occasion de réunir doit être saisie à chaque fois qu’elle se présente et les grecs l’avaient compris les premiers. L’oracle de Delphes consulté par le Philos le roi d’Elide aurait recommandé aux grecs de protéger leur patrie, de se garder de la guerre et de cultiver l’amitié commune entre les grecs tant que dureraient les jeux. « Tant que dureraient les jeux » voilà un réalisme marqué au sceau de la lucidité. Mai si cet instant peut être saisi alors prenons le et ne boudons pas notre plaisir, les yeux bien ouverts cependant.

La France est candidate pour les organiser en 2024. Soutenons le projet mais soyons consultés sur sa réalisation pratique. Leurs couts d’abord. La France veut les tenir ou les faire tenir avec une enveloppe, de, 2 milliards €. Dont acte. Ce serait déjà un immense progrès. Les infrastructures existent déjà. Alors faisons en des jeux socialement et écologiquement responsables (encore des mendiants dans les rues, encore des migrants expulsés, une opportunité de promotion immobilière?) et que le pays de Pierre de Coubertin donne le signal d’un olympisme régénéré. Veillons y et alors bonne chance Paris, bonne chance la France.

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Photo : Dom Camara, en 1981, par Antonisse, Marcel / Anefo.

Et puis bonne chance le Brésil qui en aura bien besoin. Il manque un grand athlète de la justice à ces jeux, c’est Dom Helder Camara. Nous ne l’oublions pas. Que ce tout petit homme grand par le cœur et l’esprit donne la force à son pays et à son peuple.

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Un pacte démocratique d’acier (Ouest France)

La glace de l’hiver populiste va-t-elle recouvrir l’Europe ? Aujourd’hui, le refroidissement est là et demain, quoi ? Qui peut se réjouir du largage anglais et de la fracture de notre allié historique ?

Qui peut se réjouir de la montée du populisme en Italie, qui encore de l’incertitude des élections présidentielles autrichiennes, des bruits de bottes russes aux frontières orientales de l’Europe, et de la montée d’un national populisme en France ? Tout cela scandé par le rythme lugubre des massacres terroristes.

Il y a ceux qui s’en moquent, et ceux que cela inquiète au plus profond de leurs convictions, les plus lucides, menacés du rôle ingrat de Cassandre, la fille de Priam condamnée à prédire l’avenir dans l’indifférence générale.

M. Barroso manifestement s’en moque, passé du poste le plus haut de l’Union européenne au conseil de surveillance de la banque Goldman Sachs, à la probité décriée dans l’écriture du budget grec. Cela ne le dérange pas. Et l’éthique alors ? Bizarre conception de l’intérêt général européen qu’a ce personnage passé du maoïsme à l’ultralibéralisme, imitant en cela l’ex-chancelier allemand Schröder, devenu dirigeant de la société russe Gazprom.

Aubaine pour les populistes que ces dirigeants fascinés par l’argent, quoi que ce soit plutôt par la cupidité. Il y eut une technocratie humaniste rivée à l’intérêt public, issue de la Résistance. Le club Jean-Moulin en fut l’illustration. C’est celle-là qu’il faudrait retrouver. Il faut pour cela une éthique et une volonté politique. Les deux défaillent.

L’unité est capitale

À ce trouble des consciences s’ajoute le terrorisme djihadiste qui défie toutes nos rationalités, de Paris à Bruxelles, d’Orlando à Nice, à quoi s’ajoutent les actes criminels de forcenés dans l’imitation pathologique comme à Munich. L’unité de tous les Français avec tous les musulmans de France est capitale, car ils sont les premiers à être pris en otages par les fanatiques. N’oublions jamais qu’ils ont par deux fois payé le prix du sang lors des deux guerres mondiales du XXe siècle. La construction de la grande Mosquée de Paris fut le remerciement de la France aux soldats musulmans de la guerre de 1914. La France Libre, ils en furent, et même au premier rang lorsque le pays s’effondrait.

Le combat contre le djihadisme est un combat pour notre liberté à tous. Renforçons cette alliance sacrée et vivons enfin le respect et l’égalité dans la République, quelles que soient nos communautés de référence. Ainsi le terrorisme sera vaincu sur tous les fronts, à l’extérieur, car Daech recule de toutes parts, et chez nous.

Pour résister, encore faut-il un pacte d’acier de défense de la démocratie entre toutes les forces républicaines, de droite, de gauche et du centre, autour de trois grands sujets : la défense des valeurs démocratiques et des droits humains, la sécurité européenne — reprenons là où Robert Schuman avait commencé par la Communauté européenne de défense, face à la sauvagerie terroriste d’abord – et le respect des traités européens.

Avec une économie affermie et une éthique publique intransigeante, le renouement avec les peuples pourrait s’opérer. Mais si une oligarchie désinvolte et un populisme vindicatif, sur fond de terrorisme, résumaient la vie publique à leur sinistre face-à-face, on ne donnerait pas cher de la démocratie. Et de la paix civile non plus. Alors viendraient des temps de malheur.

Lire l’article sur le site de Ouest France

Notre stupéfaction face aux termes employés par le Cardinal André Vingt-Trois lors de son homélie pour les victimes de l’attentat

Témoignage Chrétien avoue sa stupéfaction face aux termes employés par le Cardinal André Vingt-Trois lors de son homélie pour les victimes de l’attentat de Saint-Etienne du Rouvray, évoquant le « Silence des élites devant les déviances des mœurs et [la] légalisation des déviances ».

Il venait juste de prononcer une homélie d’une incontestable hauteur allant dans le sens de l’unité et de la paix civile.

Pourquoi ouvrir un autre front ? En quoi cela pouvait-il trouver sa place dans un hommage à la mémoire du père Jacques Hamel ?

Doit-on rappeler que précisément la « déviance des mœurs » et la « légalisation des déviances » font partie de l’arsenal des fanatiques et des djihadistes dans leur guerre infernale vis à vis des « mécréants » ?

Il s’agit d’une phrase bien inutile.

Lire l’homélie du Cardinal André Vingt-Trois en intégralité

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L’État de droit face à la terreur

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Des gens pleurent leurs morts à l’heure où ces lignes sont écrites, de tous âges de toutes nationalités, de toutes confessions ou sans confession. À Nice, les messagers de la terreur ont de nouveau massacré à l’aide d’un camion fou qui happait ses victimes comme un Moloch furieux. Notre affection, nos larmes vont à tous ceux qui les pleurent.

Il faut plus que jamais comprendre ce qui se passe pour combattre et prévenir. La France connaît, avec ces attentats sur son sol, sa crise la plus grave depuis la fin de la guerre d’Algérie. L’État de droit est la cible de la terreur djihadiste. C’est à une guerre civile sournoise rampante qu’il veut nous attirer. Certains, en France même, sont prêts à répondre à son appel, ne nous le cachons pas, et la convulsion obsidionale que connaît l’Islam à la surface de la terre peut lui en donner les moyens. C’est pourquoi, policiers, militaires et juges doivent surveiller, anticiper, arrêter, condamner ou neutraliser, selon leurs compétences propres et dans le respect de la loi.

Les populistes xénophobes sont disposés à prêter main forte à ce sinistre dessein en déclarant la guerre à l’islam, oubliant bien vite que des centaines de milliers de musulmans ont déjà péri sous les coups des djihadistes. L’État de droit est la seule force capable de s’opposer au djihad et d’assurer la victoire car lui seul assure la cohésion de la Nation, lui seul peut éviter la fracture d’une société laïque et multiconfessionnelle, démocratique et multiculturelle. C’est-à-dire de notre République. Ceux qui veulent par sottise ou calcul, réduire l’État de droit nous conduisent la plus sûre des défaites. Et à nos déchirures.

Puisque ce sont les musulmans de France que Daech et ses séides veulent prendre en otage, l’occasion historique nous est donnée de faire corps ensemble. Durant les deux guerres mondiales, les musulmans de France et des colonies ont, avec éclat, donné leur sang pour le pays. Souvenons-nous en et, avec leurs petits-enfants ou arrière-petits-enfants, renouons cette alliance sacrée de la France libre.

Elle n’aurait jamais dû se défaire aussi médiocrement dans les quartiers délaissés des banlieues de nos cités. Mais ce qui est fait, et mal fait, l’est. Alors reconstruisons, ensemble, car nous ne vaincrons qu’ensemble. Pourquoi nous battons-nous ? Mal nommer les choses, dit Camus, c’est ajouter aux malheurs du monde. Alors oui, nommons ce pour quoi nous nous battons. Nous nous battons pour la liberté.

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