Merci

Ainsi ils vont remonter la rue Soufflot qui les mènera au temple de la mémoire et de la reconnaissance de la République, le Panthéon. Deux femmes :Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion ; deux hommes :Pierre Brossolette et Jean Zay ; nous publions leurs portraits dans cette lettre. Ils nous honorent à la mesure où nous les aimons. Ils nous disent de ne jamais baisser les bras.

On ne refera pas le discours de Malraux pour les cendres de Moulin. D’ailleurs, lisez-le bien, ce discours. Il est tout droit issu de celui de Brossolette au Royal Albert Hall. Nous le republions (Cf. p.4). Plagiat ? Non, hommage. Pouvait-on encore parler autrement de la France libre et de la Résistance après celui de Brossolette, ce jour-là de 1943. Il se lit gorge nouée, et si vos yeux s’embuent, n’en ayez pas honte. Il y a Jean Zay, grande figure du gouvernement Blum, ministre visionnaire d’une école démocratisée, juif et protestant, assassiné par la milice en 1944. Lisez ses Écrits de prison et son œuvre. C’est la République incarnée. Il y a ces femmes, combattantes, l’énergie sororale à Ravensbrück avec Marie-Claude Vaillant-Couturier, qui entrera plus tard dans le camp d’Auschwitz avec trois cents femmes françaises en chantant La Marseillaise.

Geneviève de Gaulle, la nièce du chef de la France libre, catholique et libre de toutes les forces de son âme, qui a continué le combat pour les pauvres, toujours du côté des exclus, des humiliés. Germaine Tillion, et le réseau du Musée de l’Homme, déportée, immense intellectuelle qui poursuivra le combat pour la paix en Algérie et la fin des violences, de part et d’autre. Il manque encore Danièle Casanova, grande et jeune résistante corse morte en déportation ; Bertie Albrecht, organisatrice du service social de la Résistance en zone libre, morte à la prison de Fresnes. Et d’autres qui ont « allumé le feu qui ne s’éteint jamais » comme on le chante à Taizé.

À ces quatre-là, à tous les autres, nous disons simplement « merci ». Merci de l’honneur que vous nous faites d’être de France, d’où que vous veniez, de gauche ou de droite, ou du cœur de l’humanité tout simplement, puisque c’est à son appel que vous vous êtes rassemblés. Aux femmes enfin, ces vers d’Aragon dédiés aux déportées du convoi de Romainville :

« Je vous salue Maries de France aux cent visages,
Et celles parmi vous qui portent à jamais
La gloire inexpiable aux assassins d’otages
Seulement de survivre à ceux qu’elles aimaient. »

 

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Les grandes oreilles de l’Etat.

renseignement

Le jeudi 19 mars le conseil des ministres a adopté un texte relatif au renseignement fixant un cadre normatif à des pratiques déjà largement existantes mais non encadrées en matière d’écoutes. S’il existe un domaine où la prudence est de mise c’est bien celui des lois d’exception. C’en est une. Sa nécessité ne fait pas pour autant disparaitre son caractère potentiellementdangereux. Le premier ministre la qualifie d’avancée de l’état de droit. Il ne connait pas son successeur et l’usage qui en sera fait. Qui ne se souvient des écoutes de l’Elysée ?

Car c’est un classique de ces lois voraces que de demander toujours plus à manger. Le législateur doit alors se comporter comme un diététicien.

Le texte précise les pouvoirs du premier ministre en matière d’interceptions téléphoniques et se surveillance de l’interne. Simultanément une commission nationale de contrôle des techniques du  renseignement (CNCTR) présidée par un magistrat est saisie pour avis. Cette commission peut saisir le Conseil d’Etat si elle estime que le premier ministre a méconnu les textes ou est passé outre à ses recommandations.

Ceci est un mieux mais plus inquiétant est cependant le périmètre des techniques de contrôle. Ainsi les journalistes sont-ils concernés et que devient alors le secret des sources ? L’enquête journalistique sur Internet  à proximité de sites interdits, comme pour les chercheurs, doit rester sauve. Reporters sans frontières s’en est inquiété publiquement. Le Conseil national du numérique a exprimé la survenue de risques identiques au Patriot Act étatsunien. La CNIL, que l’on cherche en vain dans le texte, s’associe à cette critique.

Le projet privilégie le Conseil d’Etat aux juridictions de l’ordre judiciaire pour statuer sur les excès. Or c’est le juge judiciaire qui garde nos droits à l’intimité de la vie privée et il est le gardien de la liberté de la presse. La CNCTR peut être saisie par un particulier de même qu’une section spéciale du Conseil d’Etat. Fort bien mais comment savoir que l’on est écouté à tort ? La CNCTR rend un rapport public. C’est très bien mais pourquoi pas le faire suivre d’un débat public annuel à l’Assemblée ?

Cette loi est une loi d’exception. Justement examinons à date fixe comment limiter l’exception. En l’état le New York Times n’y va pas par quatre chemins, qui recommande aux députés de ne pas voter la loi « tant que la liberté de la presse ne sera pas protégée ni que les juges ne se verront pas accorder un rôle amplifié. » Le terrorisme est un cancer et les lois antiterroristes des chimiothérapies brulantes. Gare aux posologies politiques irréfléchies !

 

Jean Pierre Mignard, avocat, co-directeur de la rédaction de TC

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