Edito Ouest-France : Un référendum pour en sortir

François Hollande subit une avalanche de sondages qui marquent un retournement d’opinions, comme tous ses prédécesseurs dans cette fonction jusqu’alors.

François Mitterrand y avait échappé en 1988, mais il était déjà candidat depuis 1986 puisque l’exercice effectif du pouvoir revenait à Jacques Chirac. Ce dernier a été réélu par une grande partie d’un électorat de gauche qui n’était pas originellement le sien. Si l’on rajoute à cela les congédiements de Valéry Giscard d’Estaing et de Nicolas Sarkozy, au bout de leur premier mandat, et le départ du général de Gaulle en 1969 à la suite d’un référendum négatif, convenons que la Ve République, ce n’est pas la stabilité.

À son origine, André Malraux prophétisait qu’il n’y aurait plus que « les communistes et nous » (c’est-à-dire les gaullistes). Ce théorème n’est plus validé depuis longtemps puisque privé de toute effectivité. Le PC n’est plus une force centrale et le gaullisme appartient à l’histoire des idées politiques.

Ce système binaire a capturé l’électorat en détruisant les centres et c’était même son objectif. La sociologie l’a vidé de sa substance en 1968 et il n’y a plus aujourd’hui de bipartisme mais un quadripartisme, le PS et LR, le Front National et la nébuleuse du Front de Gauche, l’un et l’autre profondément souverainistes, l’un et l’autre réfractaires à l’économie de marché même si leur histoire est profondément dissemblable.

L’extrême droite est insurgée contre la droite, l’extrême gauche est insurgée contre la gauche. La droite et la gauche sont contraintes l’une et l’autre de se succéder, pour, une fois au pouvoir, frustrer leur électorat respectif.

François Hollande doit prendre tous les risques

La crise démocratique est là. Elle tient d’abord à ce qu’il n’y a pas ou plus de légitimité assez forte dans le pays pour répondre aux questions gigantesques de la mondialisation, et de ses effets parfois délétères, d’un repli inquiétant de l’État, d’une dévalorisation des élites, d’un peuple sceptique et d’une nation qui se cherche dans une Europe incertaine. Et pourtant la France, qui n’est plus et ne sera jamais plus une superpuissance, dispose de considérables potentialités dans tous les domaines, si elle veut bien s’accepter telle qu’elle est.

C’est à François Hollande de prendre tous les risques ou à son successeur, quel qu’il soit, avec pour seul objectif non pas de se faire réélire mais de redonner du pouvoir au peuple et l’interroger, de le responsabiliser aussi. Et peut-être l’élection sera-t-elle donnée par surcroît.

De Gaulle avait raison, le référendum est la seule façon de contourner la confiscation de la vie publique par les partis ou les élus : le septennat non renouvelable, l’indépendance de la justice, le non-cumul des mandats, la proportionnelle, l’attribution des compétences du Conseil économique au Sénat, la limitation du nombre des parlementaires sont une partie de la solution.

Voilà un référendum à questions multiples que le gouvernement de Manuel Valls pourrait soumettre aux assemblées et les mettre devant leur responsabilité ou que le président pourrait proposer au peuple, en application de l’article 11 de la Constitution. Ou son successeur quel qu’il soit.

Lors du second tour de la présidentielle, les électeurs de gauche et de droite devront mélanger leurs bulletins pour maintenir la France dans une épure démocratique et européenne. Ce ne pourra pas être que le mélange d’un jour mais un pacte, une convergence, une coalition, on verra bien tout le temps qu’il faudra à la France pour se réunir et se ressaisir. C’est une ardente nécessité.

Lire l’Edito sur le site de Ouest-France

L’homme providentiel, une névrose française

degaulle

Si elle ne dit pas son nom, la monarchie républicaine n’est pas un vain mot. Cette personnalisation du pouvoir nous pousse, tous les cinq ans, à partir en quête d’un roi ou d’une reine qui, seul.e, pourrait nous sauver.

Les prémices de la campagne présidentielle de 2017 nous renvoient à une question obsédante de la vie politique française : la personnalisation du pouvoir. Le phénomène mis en place par la constitution de la Ve République et l’élection du président de la République au suffrage universel est à ce point névrotique que les télévisions en font leur concours annuel de pronostics.

Avec humour, une course de chevaux figure les candidats en tenue de jockey. Et nous sommes tenus de faire nos paris, joueurs perdants ou gagnants, de quoi ? Pourquoi ? C’est encore trop demander. L’important, c’est le spectacle. Nous sommes, comme dans la fable de La Fontaine, des grenouilles qui demandent un roi. Pourquoi nous être fourvoyés dans cette impasse ? L’histoire récente – soixante ans, c’est récent – accumule les indices de réponse : la guerre d’Algérie, les coups d’État militaires de la fin des années 1950 et du début des années 1960, les attentats du FLN, ceux de l’OAS, la déchéance des gouvernements due à leur instabilité chronique, et une IVe République qui, malgré une reconstruction économique indéniable, se révéla finalement incapable d’endiguer le fléau de la torture en Algérie.

Oui, tout cela est exact mais ne suffit pas à expliquer cette manière de s’offrir au pouvoir d’un seul, fut-il encadré, fut-il vilipendé. Le retour de Charles de Gaulle au pouvoir s’effectue alors que la rue gronde à Alger et que les régiments parachutistes s’énervent. Plusieurs dizaines de parlementaires sont réfugiés au Palais Bourbon. Certes, de Gaulle n’était pas un dictateur et il ne le fut jamais, mais c’est devant le risque d’être livré à de vrais dictateurs que le pays s’est offert à lui seul.

De Gaulle incarne le refus du renoncement français. La défaite de 1940 est alors présente dans tous les esprits. Se met en place un système, binaire, fondé sur la tension des volontés et le clivage : « Entre les communistes et nous, il n’y aura plus personne », prophétisait, à tort, André Malraux qui décrivait le gaullisme comme le métro à 18 heures, comme quoi le populisme a des ancêtres illustres.

Mai 1958, mai 1968. Une décennie prodigieuse. Le réarmement national et l’individualisme démocratique à dix ans de distance, un choc sans pareil, deux mondes qui n’ont pas fini de se heurter sans se comprendre, alors qu’ils sont, à parts égales, et l’un et l’autre, la France. La sociologie s’est moquée de la politique, les nouvelles générations ont tiré leur révérence aux anciennes avec pertes et fracas, et un individualisme, dégradé en égocentrisme bien souvent, pour solde de tout compte.

Nous n’avons pas trouvé, depuis, les moyens de les faire s’accorder. Le résultat, dans nos sociétés de marché global, ce sont des Français davantage consuméristes que citoyens qui élisent des dirigeants, et ne trouvent que des administrateurs là où la Constitution annonçait des leaders. C’est d’abord vrai pour les présidents successifs. Jugement immérité parfois, mais systématique, ce qui nous renvoie bien à une question de système là où le jeu politico-médiatique veut nous cantonner à une question de personnes. Paresse, facilité, illusion, abus.

Tous, depuis de Gaulle, et réputons-les sincères, s’y sont essayés. Nul, à défaut de se grandir, n’a réussi, la Constitution servant tout au plus de talonnette. Observons combien ils sont décriés en fin de mandat, tous depuis Valéry Giscard d’Estaing, sauf Georges Pompidou emporté par la maladie. À ce jeu deball-trap, aucun ne peut ni ne pourra résister. Mais, à la fin, ce ne sont pas les hommes (ou les femmes) qu’il faut décrier mais un système qui n’est plus adapté, si tant est qu’il le fût, dix ans tout au plus, de Gaulle régnant. La marée étudiante et une grève générale l’ont privé de sa mystique et le fondateur a été renvoyé, par les siens, dès 1969.

Sommes-nous condamnés à ce replay interminable alors que l’asthénie démocratique gagne et que les risques grandissent : menace financière latente, Europe incertaine, nations bousculées, montée des dangers en Asie et dans le monde arabe, en Europe orientale, crise religieuse mondiale avec les divisions considérables de l’islam.

Le président de la République est ce roi que nous attendons tous les cinq ans et qui nous frustre durant cinq ans. Qui est responsable, lui ou nous ? Les deux. Une société ne peut constamment tout attendre de la politique d’en haut et s’exonérer de toute obligation. Trop facile. Les dirigeants ne peuvent pas non plus continuer à s’aveugler, sinon nous berner, du moins s’épargner un devoir de vérité.

Il faut que les dirigeants baissent pour que les citoyens montent. Il faut que les citoyens acceptent de grandir pour que les dirigeants consentent à baisser. Ainsi pourrons-nous peut être réconcilier la démocratie et la nation, la France et l’Europe, qui ne pourra jamais être plus qu’une nation augmentée pour chacune des nations qui la composeront. Ne renvoyons pas à l’Europe ce que nous pouvons décider nousmêmes. Paresse supplémentaire. Défausse même…

Un seul dirigeant avait compris cela et s’était donné pour éthique de refuser cette course névrotique au pouvoir dans les institutions de la Ve République. C’était Pierre Mendès France. Relisons-le et travaillons à autre chose, qui ne sera pas un Grand Soir, mais un modèle politique contemporain à ce que nous sommes, à ce que nous voulons et à ce que nous pouvons : « Nul ne peut se désintéresser de ce qui peut affecter son existence et celle de ses proches, pour le meilleur ou pour le pire. Nul ne peut s’en remettre à la décision des hommes d’État. Nul ne peut se fier sans contrôle à l’opinion des “experts”. Nul ne peut éviter de se faire lui-même une opinion. » (O.C.V., octobre 1973).

Lire l’article sur le site de TC

La guerre, oui, mais quelle guerre ?

La guerre a envahi notre espace sonore et visuel. La guerre a tué et meurtri des corps. La guerre fait verser des larmes, allumer des bougies et ne nous cachons pas la terrible et sournoise réalité qui s’abat sur nos vies qui en seront peu à peu transformées.

Alors que faire, et que dire ? Les politiques de sécurité aussi indispensables que dangereuses se mettent en place dans le monde entier. Pour un attentat commis un autre est déjoué mais la menace est omniprésente.

L’islam est rentré en guerre avec lui-même car c’est à lui-même qu’il livre bataille. Au conflit historique des sunnites et des chiites, à cette coupure schismatique, s’ajoute la folie, car c’en est une, du retour aux sources de la pureté éradicatrice de ces fous d’un Dieu vengeur du dit Etat Islamique, forcenés d’un projet politique théologique, ou les intérêts mafieux ne sont pas absents.

Daesh n’est pas un Etat ni un proto Etat, gouverné par les lois de la guerre, il s’agit d’abord d’une association de nature totalitaire fondée sur des motivations religieuses. Mais le mot religion, religare en latin, signifie relier, or là c’est tout le contraire : on coupe, on mutile, on décapite. Comment la religion, toute religion, peut-elle échapper à cette malédiction qui veut que ses fidèles la transforment en son contraire ?

Les chrétiens ont connu cela. Dans une seule nuit du 25 aout 1572 les catholiques massacrèrent 11 000 protestants dans les rues de Paris. Dieu que de crimes on aura commis en ton nom…Le mot meurtrier pour toute religion c’est de lui accoler le mot de vérité. Dieu est recherche il n’est jamais vérité. C’est cela le sens de notre liberté.

Cette guerre est une guerre mondiale et la dessus s’accordent le chef d’ Etat major des armées Pierre de Villiers et Mireille Delmas Marty, la grande juriste qui la définit comme une guerre civile mondiale durable et permanente.

Donc nous y sommes. Et cela va durer .Et la question est : Comment allons-nous nous comporter ? La liturgie des bons sentiments n’y suffira pas. Dans cette tourmente comment allons-nous prendre soin les uns des autres ?

Soyons démocrates jusqu’au bout et prenons soin les uns des autres. L’amour est un mot grandiloquent qui n’appartient pas à la litanie de nos heures ni de jours ordinaires. Prendre soin, ce serait déjà très bien afin que les bombes et les rafales, si elles blessent nos
chairs, n’atteignent ni nos cœurs ni notre raison.