J’ai accepté avec conviction de devenir membre du comité politique d’En Marche et de m’engager pour la victoire d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle. Il s’agit, à mes yeux,  d’une chance peut être historique pour notre pays de trouver, en les faisant converger, des forces, aujourd’hui dispersées, dont il aura besoin pour affronter un siècle  tourmenté.

Adolescent gaulliste, je suis depuis 1969 un enfant de l’après 68 j’en ai connu toutes les fulgurances, et tous les errements. Militant aux cotes de Michel Rocard, puis de Jacques Delors j’ai appris auprès d’eux l’absurdité du sectarisme en politique et le souci de l’intérêt général, avant tout. J’ai cofondé avec Francois Hollande, Jean Yves le Drian et Jean Michel Gaillard les Transcourants puis le club Témoin avec Jacques Delors. J’ai soutenu Ségolène Royal et, président de Désirs d’Avenir, j’ai défendu les larges perspectives portées par sa campagne.

Emmanuel Macron tente un exploit, celui de permettre à ceux qui par milliers et millions attendent que se réunissent enfin ceux, tous ceux qui, de gauche, du centre et de droite, ont le gout de la liberté et de la démocratie, de la réussite individuelle et de l’entreprise comme de l’égalité et de la justice sociale, de l’ouverture au monde et d’une planète sauvegardée, comme d’une Europe puissante et unie,  des milliers et des millions qui aimons la France altière et ambitieuse pour elle-même et hospitalière pour ceux qui souffrent ou qui sont persécutés.

Nous sommes des milliers, nous sommes des millions qui attendions cela depuis longtemps, très longtemps. Bien des divisions factices nous ont appauvris et, dans chaque camp et parfois dégradés.

Or la France, si elle a une grande histoire est un pays de taille et de peuplement modeste comparé au reste du monde. C’est pourquoi la France doit mobiliser aujourd’hui -car c’est aujourd’hui que beaucoup se joue et pour longtemps- toutes ses ressources humaines autour de ces idées fondatrices, et pour cela s’affranchir des clivages illusoires.

N’oublions pas que lors d’un moment terrible de son destin, la Franque fut redevable à un général catholique de droite et à un préfet maçon de gauche de lui rendre son honneur et sa liberté. Notre pays sait donc distinguer l’essentiel.

C’est le moment, convergeons et poursuivons notre marche autour d’Emmanuel Macron.

Jean-Pierre MIGNARD

Interview de Jean-Pierre Mignard dans Libération

Vous aviez appelé François Hollande à renoncer à se représenter afin qu’il s’épargne une humiliation…

Ou sinon de passer par-dessus la primaire, absurde pour un sortant en Ve République. Il est grave, quand même, qu’un camp ait en quelque sorte démis son chef, le contraignant à renoncer. Après, comment ce camp peut-il encore gagner ? Le grand manque de François Hollande aura été théorique et même philosophique : il y a eu un déficit conceptuel pour dire ce vers quoi nous allions et pour le nommer. Il a été très conscient de cela, très vite, je le sais, mais il a avant tout cherché – sans y parvenir – à avancer entre les récifs en ne braquant ni son aile droite ni son aile gauche. Faute de clarification, cela a créé de l’ambiguïté, de l’insécurité et donc de la faiblesse. Il est resté bloqué dans le mantra de l’union des gauches alors qu’au fond de lui il savait très bien que c’était fini. Il aurait mieux fait de mettre des mots sur le socialisme post-industriel.

Au-delà de son seul cas, la social-démocratie semble dans l’impasse, en France mais aussi en Europe.

Dans le nouveau cycle qui s’ouvre, l’avenir de la social-démocratie, c’est d’être un parti progressiste démocrate comme c’est le cas aux Etats-Unis. C’est-à-dire un parti vaste, de Sanders à Clinton, et qui s’accepte comme tel. L’histoire du socialisme français est une histoire récurrente de procès en pureté, de mises à l’index, il faut en finir avec cette culture.

Le quinquennat a presque d’emblée été marqué par un procès en trahison dans une partie de la gauche…

Les «frondeurs», puisque c’est d’eux qu’il s’agit, ont porté des combats au nom de leurs idées. L’enjeu, c’est donc bien de faire naître une grande force de gauche capable de les faire cohabiter avec un Macron et où chacun contribue sans renier ce qu’il est. Au sein de la famille du Parti démocrate américain, on trouve des groupes sociaux très divers qui vont des militants d’Occupy Wall Street à des milliardaires philanthropes ou mécènes en passant par le regroupement syndical AFL-CIO et des minorités. A l’inverse, une forme de réflexe idéologique du PS empêche, fige, gèle les personnes ou les sensibilités dans des positions rigides qui jouent un rôle dévastateur sur le plan du fonctionnement d’un parti politique, le faisant en permanence se tourner sur lui-même, se dévorer et oublier les autres. C’est grave. Je rappelle que Mitterrand, lui, avait réussi, dans le PS, à reprendre une partie de la tradition de la SFIO et celle de Mai 68, mais aussi à la fois des chrétiens et le syndicat national des instituteurs.

Ce dépassement, c’est Macron qui l’incarne aujourd’hui ?

Il franchit les lignes et il rassemble. Il y un mouvement Macron, c’est incontestable. Des gens très divers le soutiennent. L’enjeu, c’est que chacun apporte son bien car c’est ainsi qu’on gagne une présidentielle. Il a une carte à jouer face à un Fillon tenu par son aile conservatrice. Macron, lui, sort de la guerre de tranchées entre la droite et la gauche. Il le fait de manière claire et transparente, sous les projecteurs d’une campagne présidentielle et en affirmant que, oui, le centre, la gauche et même la droite pro-européenne ont vocation à travailler ensemble comme c’est déjà largement le cas à l’échelle locale.

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