JO de Rio : à quels jeux jouons-nous ?

rio 2016

10 500 athlètes, 200 nations, 3,6 milliards de téléspectateurs en prévision et des droits de retransmission de plus de 2 milliards de $ un montant de 2 milliards $ de contrats d’assurance. Le budget du Comité d’organisation est de 2 milliards €. Ces chiffres disent tout sur l’événement le plus médiatique du monde. L’olympisme le mérite-t-il ?

Pour répondre il faut tout connaître. L’État d’accueil celui Rio en faillite a dû demander l’appui de l’État fédéral. Le montant des sommes engagées s’élève à un peu plus de 10 milliards de € ce qui est énorme, mais néanmoins inférieur à ceux de Pékin 32 milliards et même de ceux de Londres 10,4 milliards €.

En parallèle il faut souligner que les fonctionnaires accusent un retard de paiement de leurs salaires, et que les infrastructures urbaines font défaut hormis la ligne de métro spécialement réalisée pour permettre l’accès à la zone des jeux. Elle n’est pour l’instant réservée qu’aux acteurs et spectateurs munis de tickets des compétitions.

2016_summer_olympics_opening_ceremony_1035271-olimpiadas_abertura-1536.jpg

Photo : cérémonie d’ouverture des Jeux de Rio 2016. Fernando Frazão/ Agência Brasil,

La cérémonie d’ouverture fut une fête. Une très belle fête. Des délégations jeunes et joyeuses, le monde au rendez-vous, et un show a vocation pédagogique réussi. Le Brésil de la conquête Portugaise, l’asservissement des indiens, puis la traite négrière, rien n’a été caché. L’exceptionnel multiculturalisme de la société brésilienne, son métissage bien symbolisé par l’harmonie de la samba et du rap, l’angoisse environnementale et le réchauffement climatique, il n’y a rien à dire sauf à saluer .Cela devait être rappelé et magnifiquement. Le bonheur d’un public qui s’exprime autant par la danse et les rythmes, c’est le Brésil et ne faisons pas la fine bouche, c’est intense et l’on a un regret, ne pas être dans les gradins du Maracaña.

Et pourtant. Les manifestations avant et pendant les jeux n’ont pas cessé. Le président par intérim Michel Temer a été hué devant 3 milliards de télespectateurs. Il avait de quoi s’essuyer le front…alors que ni la présidente Dilma Roussef, en voie d’être destituée et remplacée par des personnages à la probité suspecte, n’était présente. Coup d’État soft ? Ni Lula, dont la politique a sorti des millions de Brésiliens de l’extrême pauvreté, ni Pelé, pour d’obscures raisons de santé à moins que ce fut pour des susceptibilités de sponsoring.

Et un pays dont la moitié de la population s’est déclarée hostile aux Jeux en raison de leurs coûts. Ils ne sont pas les seuls. En novembre 2013 les Bavarois consultés pour les jeux d’hiver par referendum les ont refusés, les Suédois aussi. Ils se souviennent peur être que les jeux d’Athènes ont aggravé la dette interne du pays de près de 2%.

Enfin il y a le dopage qui a mis en exergue le comportement de la Russie, de la Russie en tant qu’État instrumentalisant les jeux au paroxysme de la puissance politique jusqu’à prêter l’assistance de ses services parallèles pour manipuler le résultat des examens des athlètes russes. Finalement 111 se sont vus refuser leur participation aux Jeux par leurs fédérations internationales respectives. Poutine avait prévenu « Priver la Russie des Jo équivaut à une déclaration deguerre ». Peut-on être plus clair ? La Russie a cependant l’habitude des camouflets puis que les Jeux de Moscou en 1980 avaient enregistré la défection de 50 États après l’invasion de l’Afghanistan.

L’olympisme est un idéal qui survit à ses trahisons. Il y a toujours un Jessie Owens pour rendre furieux un Hitler qui voulait faire des jeux de Berlin une séquence de triomphe de la doctrine aryenne. Il y a toujours à Mexico un Tommy Smith et un John Carlos pour brandir sur le podium en 1968 leurs poings gantés de noir en protestation contre la ségrégation raciale aux États-Unis, et même s’il y a des commandos de la mort pour massacrer des athlètes israéliens dans leur chambre d’hôtel à Munich en 1972. Il y a toujours les jeux, la politique, l’argent, la joie et la générosité, la loyauté et la tricherie, l’esprit de puissance et la mort. Et néanmoins une conscience politique évidente quand la petite délégation des réfugies précédés du seul drapeau olympique se fait acclamer dans le grand stade du Maracaña.

Faut-il persévérer ? Oui car l’occasion de réunir doit être saisie à chaque fois qu’elle se présente et les grecs l’avaient compris les premiers. L’oracle de Delphes consulté par le Philos le roi d’Elide aurait recommandé aux grecs de protéger leur patrie, de se garder de la guerre et de cultiver l’amitié commune entre les grecs tant que dureraient les jeux. « Tant que dureraient les jeux » voilà un réalisme marqué au sceau de la lucidité. Mai si cet instant peut être saisi alors prenons le et ne boudons pas notre plaisir, les yeux bien ouverts cependant.

La France est candidate pour les organiser en 2024. Soutenons le projet mais soyons consultés sur sa réalisation pratique. Leurs couts d’abord. La France veut les tenir ou les faire tenir avec une enveloppe, de, 2 milliards €. Dont acte. Ce serait déjà un immense progrès. Les infrastructures existent déjà. Alors faisons en des jeux socialement et écologiquement responsables (encore des mendiants dans les rues, encore des migrants expulsés, une opportunité de promotion immobilière?) et que le pays de Pierre de Coubertin donne le signal d’un olympisme régénéré. Veillons y et alors bonne chance Paris, bonne chance la France.

helder_camara_1981.jpg

Photo : Dom Camara, en 1981, par Antonisse, Marcel / Anefo.

Et puis bonne chance le Brésil qui en aura bien besoin. Il manque un grand athlète de la justice à ces jeux, c’est Dom Helder Camara. Nous ne l’oublions pas. Que ce tout petit homme grand par le cœur et l’esprit donne la force à son pays et à son peuple.

Lire l’article sur le site de TC

Un pacte démocratique d’acier (Ouest France)

La glace de l’hiver populiste va-t-elle recouvrir l’Europe ? Aujourd’hui, le refroidissement est là et demain, quoi ? Qui peut se réjouir du largage anglais et de la fracture de notre allié historique ?

Qui peut se réjouir de la montée du populisme en Italie, qui encore de l’incertitude des élections présidentielles autrichiennes, des bruits de bottes russes aux frontières orientales de l’Europe, et de la montée d’un national populisme en France ? Tout cela scandé par le rythme lugubre des massacres terroristes.

Il y a ceux qui s’en moquent, et ceux que cela inquiète au plus profond de leurs convictions, les plus lucides, menacés du rôle ingrat de Cassandre, la fille de Priam condamnée à prédire l’avenir dans l’indifférence générale.

M. Barroso manifestement s’en moque, passé du poste le plus haut de l’Union européenne au conseil de surveillance de la banque Goldman Sachs, à la probité décriée dans l’écriture du budget grec. Cela ne le dérange pas. Et l’éthique alors ? Bizarre conception de l’intérêt général européen qu’a ce personnage passé du maoïsme à l’ultralibéralisme, imitant en cela l’ex-chancelier allemand Schröder, devenu dirigeant de la société russe Gazprom.

Aubaine pour les populistes que ces dirigeants fascinés par l’argent, quoi que ce soit plutôt par la cupidité. Il y eut une technocratie humaniste rivée à l’intérêt public, issue de la Résistance. Le club Jean-Moulin en fut l’illustration. C’est celle-là qu’il faudrait retrouver. Il faut pour cela une éthique et une volonté politique. Les deux défaillent.

L’unité est capitale

À ce trouble des consciences s’ajoute le terrorisme djihadiste qui défie toutes nos rationalités, de Paris à Bruxelles, d’Orlando à Nice, à quoi s’ajoutent les actes criminels de forcenés dans l’imitation pathologique comme à Munich. L’unité de tous les Français avec tous les musulmans de France est capitale, car ils sont les premiers à être pris en otages par les fanatiques. N’oublions jamais qu’ils ont par deux fois payé le prix du sang lors des deux guerres mondiales du XXe siècle. La construction de la grande Mosquée de Paris fut le remerciement de la France aux soldats musulmans de la guerre de 1914. La France Libre, ils en furent, et même au premier rang lorsque le pays s’effondrait.

Le combat contre le djihadisme est un combat pour notre liberté à tous. Renforçons cette alliance sacrée et vivons enfin le respect et l’égalité dans la République, quelles que soient nos communautés de référence. Ainsi le terrorisme sera vaincu sur tous les fronts, à l’extérieur, car Daech recule de toutes parts, et chez nous.

Pour résister, encore faut-il un pacte d’acier de défense de la démocratie entre toutes les forces républicaines, de droite, de gauche et du centre, autour de trois grands sujets : la défense des valeurs démocratiques et des droits humains, la sécurité européenne — reprenons là où Robert Schuman avait commencé par la Communauté européenne de défense, face à la sauvagerie terroriste d’abord – et le respect des traités européens.

Avec une économie affermie et une éthique publique intransigeante, le renouement avec les peuples pourrait s’opérer. Mais si une oligarchie désinvolte et un populisme vindicatif, sur fond de terrorisme, résumaient la vie publique à leur sinistre face-à-face, on ne donnerait pas cher de la démocratie. Et de la paix civile non plus. Alors viendraient des temps de malheur.

Lire l’article sur le site de Ouest France

Notre stupéfaction face aux termes employés par le Cardinal André Vingt-Trois lors de son homélie pour les victimes de l’attentat

Témoignage Chrétien avoue sa stupéfaction face aux termes employés par le Cardinal André Vingt-Trois lors de son homélie pour les victimes de l’attentat de Saint-Etienne du Rouvray, évoquant le « Silence des élites devant les déviances des mœurs et [la] légalisation des déviances ».

Il venait juste de prononcer une homélie d’une incontestable hauteur allant dans le sens de l’unité et de la paix civile.

Pourquoi ouvrir un autre front ? En quoi cela pouvait-il trouver sa place dans un hommage à la mémoire du père Jacques Hamel ?

Doit-on rappeler que précisément la « déviance des mœurs » et la « légalisation des déviances » font partie de l’arsenal des fanatiques et des djihadistes dans leur guerre infernale vis à vis des « mécréants » ?

Il s’agit d’une phrase bien inutile.

Lire l’homélie du Cardinal André Vingt-Trois en intégralité

Lire l’article sur TC

L’État de droit face à la terreur

etat de droit

Des gens pleurent leurs morts à l’heure où ces lignes sont écrites, de tous âges de toutes nationalités, de toutes confessions ou sans confession. À Nice, les messagers de la terreur ont de nouveau massacré à l’aide d’un camion fou qui happait ses victimes comme un Moloch furieux. Notre affection, nos larmes vont à tous ceux qui les pleurent.

Il faut plus que jamais comprendre ce qui se passe pour combattre et prévenir. La France connaît, avec ces attentats sur son sol, sa crise la plus grave depuis la fin de la guerre d’Algérie. L’État de droit est la cible de la terreur djihadiste. C’est à une guerre civile sournoise rampante qu’il veut nous attirer. Certains, en France même, sont prêts à répondre à son appel, ne nous le cachons pas, et la convulsion obsidionale que connaît l’Islam à la surface de la terre peut lui en donner les moyens. C’est pourquoi, policiers, militaires et juges doivent surveiller, anticiper, arrêter, condamner ou neutraliser, selon leurs compétences propres et dans le respect de la loi.

Les populistes xénophobes sont disposés à prêter main forte à ce sinistre dessein en déclarant la guerre à l’islam, oubliant bien vite que des centaines de milliers de musulmans ont déjà péri sous les coups des djihadistes. L’État de droit est la seule force capable de s’opposer au djihad et d’assurer la victoire car lui seul assure la cohésion de la Nation, lui seul peut éviter la fracture d’une société laïque et multiconfessionnelle, démocratique et multiculturelle. C’est-à-dire de notre République. Ceux qui veulent par sottise ou calcul, réduire l’État de droit nous conduisent la plus sûre des défaites. Et à nos déchirures.

Puisque ce sont les musulmans de France que Daech et ses séides veulent prendre en otage, l’occasion historique nous est donnée de faire corps ensemble. Durant les deux guerres mondiales, les musulmans de France et des colonies ont, avec éclat, donné leur sang pour le pays. Souvenons-nous en et, avec leurs petits-enfants ou arrière-petits-enfants, renouons cette alliance sacrée de la France libre.

Elle n’aurait jamais dû se défaire aussi médiocrement dans les quartiers délaissés des banlieues de nos cités. Mais ce qui est fait, et mal fait, l’est. Alors reconstruisons, ensemble, car nous ne vaincrons qu’ensemble. Pourquoi nous battons-nous ? Mal nommer les choses, dit Camus, c’est ajouter aux malheurs du monde. Alors oui, nommons ce pour quoi nous nous battons. Nous nous battons pour la liberté.

Lire l’article sur TC

Michel Rocard, un camarade, notre ami

rocard

Du chagrin. Oui c’est cela ce sentiment que je partage avec combien. Elle ne nous quitte pas depuis hier soir ou la mort de Rocard précède quelques heures celle d’Elie Wiesel. Faut-il que la faucheuse les prenne en bloc ?

Certes il avait 85 ans et il était malade, certes on savait, mais qu’importe. On peut toujours savoir, c’est quand la fin survient et que la séparation emporte que l’on prend conscience de la radicalité d’une absence.

Michel Rocard était un chef politique, un homme d’Etat, un militant de gauche qui tutoyait, là ou Mitterrand voussoyait, c’était un intellectuel curieux et vif, et c’est pourquoi les économistes et les sociologues l’estimaient tant. Il était parfaitement conscient des vicissitudes humaines, des petitesses et de la noirceur des âmes, il redoutait l’angélisme « dangereux » lui qui ne se lassait pas de vouloir un monde où les structures de violence et d’injustice soient bannies, tant il pensait qu’un rien pouvait déchaîner la folie violente des hommes.

Engagé, comme rares, contre la guerre d’Algérie, collant des affiches la nuit et reprenant son poste d’Inspecteur des Finances le jour, signant dans Tribune socialiste sous le nom de Michel Servet, le théologien mis au bûcher par Calvin, Rocard, un protestant au sein du protestantisme, amical, passionné, exalté disaient les tièdes ou les prudents, tel fut l’un des patrons, au sens du calendrier catholique,  de la 2e gauche française, Michel Rocard.

Il avait intégré le pourrissement de la vielle SFIO et craignait le retour des vieux chevaux de la 4e, fourbus dans les péripéties politiciennes et tous ou à peu près tous compromis dans les désastres coloniaux. Il avait compris la profonde mutation du corps social, l’arrivée des baby-boomers, la paysannerie modernisée, la nouvelle classe ouvrière analysée par Serge Mallet et la déconfiture du communisme.

Ami du Tiers Monde il rallia le camp de la jeunesse en mai 68. On le voit au stade Charléty avec Mendès France, taisant. Et il tentera de Lip en Larzac, de projet autogestionnaire en liens privilégiés avec la CFDT, de construire une alternative au PS de François Mitterrand qu’il finit par rejoindre en 1974. Séparation.

Il a échoué sur le plan politique. Il ne croyait pas au socialisme juridique de la nationalisation. Les faits lui ont donné raison. Avec Edmond Maire il pensait pouvoir subvertir le nouveau PS. Mauroy lui apporta son concours. Échec, et rancune tenace du vieux monarque qui ne se lassa pas de lui faire barrage jusqu’au bout. Et pourtant les Accords de Noumea, le RSI / RMI, la CSG c’est lui.

En 1969, Delors était au cabinet de Chaban-Delmas pour construire une nouvelle société. Lui le 2e pape de la 2e gauche, car elle en eut deux, rallia Mitterrand pour le tirer sur le côté quand Rocard l’affrontait de face. Aucun des deux ne réussit, l’un parce que défait, l’autre par refus. Mais l’un a refait la gauche, Rocard, et l’autre a refait l’Europe, Delors. La deuxième gauche était donc la première.

Car je ne peux que les associer, avec Pierre Mendès France pour être sûr au fond de moi que si gauche il y a encore, et si demain gauche il y aura, c’est dans les 60 dernières années à ces trois-là que l’on pensera, car bien que peu habiles, piètres politiciens en vérité, ils restent une éthique, une référence, en un mot notre fierté.

Adieu Michel Rocard, Témoignage Chrétien perd un ami. Mais pour tous ceux qui parmi ses lecteurs, furent rocardiens, et ils sont nombreux, le souvenir reste et ce qui va avec, la transmission.

Lire l’article sur TC

 

 

Europe, stop or go ?

drapeau Europe

Le Royaume-Uni a sans doute commis une faute par rapport à ses propres intérêts. Envers l’Union européenne aussi. Mais le Royaume-Uni ne l’est pas et les nations qui le composent sont aujourd’hui à la recherche d’un avenir qui ne soit plus commun. Rien que cela suffit à dénoncer ce referendum absurde, mal préparé, soumis aux démagogies les plus viles, relayées par des médias couchés devant une opinion dont on ne sait plus qui de celle-ci ou de celles-là est à la remorque de l’autre.

Là-dessus les faits sont têtus et il faut tenir bon : lorsque le résultat d’une consultation agit comme une bombe à fragmentation, la démocratie est la première perdante. L’opposition des deux anciens amis de collège, Cameron et Johnson, que rien ne distingue, sauf la compétition comme au bon vieux temps de leurs chambrées communes, la violence langagière de l’extrême droite anglaise, son passage à l’acte meurtrier, et le poison souverainiste de M. Ferrage, à quoi il faut rajouter la tiédeur du chef du Labour dont on a su il a a dix jours seulement qu’il était contre le Brexit… tout cela a précipité ce désastre.

La terrible médiocrité du commandement tory est à peine croyable. Shame !

Quant à la gauche ses tergiversations ne valent pas mieux. C’est là toute l’ambiguïté de la critique « de gauche » de l’UE. A force d’idéaliser une UE qui n’existe pas et de révoquer celle qui existe, ce sont les détracteurs souverainistes qui gagnent la partie. Brexit, exit Cameron et exit l’unité du Labour, lui aussi défait.

L’Europe est un parlement de 27 Etats et elle n’est que l’expression contrariée, composite et mélangée d’intérêts nationaux, de choix économiques ou idéologiques différents. C’est pourquoi accabler l’ « Europe » en tant que telle est aberrant. Cette critique est aussi stérile que de reprocher au soleil de bruler ou à la pluie de mouiller.

On aurait bien tort de se réjouir ou d’appeler à une décentralisation des entreprises fixées à Londres à Paris ou en Île-de-France. Il y a là outre une certaine indécence consistant à danser sur un cadavre qui bouge encore, un calcul à bien court terme. La vérité est toute autre.

La Grande Bretagne y perdra et l’UE aussi. La Grande Bretagne représente 15% du PIB de l’UE, qui s’en va. Inutile de faire de grands discours. C’est une amputation.

L’UE devrait-elle sur réagir et trouver en trois semaines la formule magique ? Qui y croit ? D’abord l’UE est un traité et exige l’accord de ses 26 membres, 26 États censés représenter 26 peuples. Qu’on ne vienne pas nous bercer de la litanie de peuples mystifiés ou absents.

En Grande-Bretagne les peuples se sont exprimés et ils se sont révélés divisés. Il en va de même dans toute l’UE qui va de l’extrême gauche, que ce soit en Espagne, peut-être jusqu’à l’extrême droite de l’Europe orientale. Mais à ce petit jeu l’extrême-droite nationaliste gagnera car le souverainisme c’est son affaire et le nationalisme suivra. Les chefs de l’extrême-gauche en France ou en Espagne feraient bien d’y réfléchir. La fin de l’Europe signerait le glas des peuples et leurs rêves sociaux. D’eux à vrai dire, des chefs, on s’en fiche un peu.

Quant à la gauche et la droite, ce qu’il convient d’appeler les forces du milieu, la mise en parenthèse de leur incessante guérilla pour jouer le jeu de l’unité pro européenne ne convainc personne. Elles feraient bien d’y réfléchir.

Avec suffisance, et disons-le une certaine inculture, les médias recommandent de passer à l’action…mais lorsque l’on voit combien il est déjà difficile de décider en un seul pays avec un consensus minimal pour assurer sa paix sociale et sa cohérence politique, on voit combien ce sera difficile en UE.

Ce genre de choses relève du temps long. C’est d’un temps anthropologique dont il s’agit, pas d’un temps politique. Ce n’est pas tant l’Europe qui est en cause que la politique des gouvernements de chaque pays, tout à tour soumis à un concours de Balltrap, tous aussi irrésolus que le populisme montant est déchaîné.

En attendant il faut nous préparer à des jours des mois et des années difficiles. Ne nous berçons pas trop d’illusions sur la résurrection d’un couple franco-allemand économiquement très éloigné. Il faudra conserver nos liens avec la Grande Bretagne même si elle n’est plus le Royaume Uni. N’insultons pas l’avenir. Elle est notre voisine notre alliée et notre amie. Il faudra se souvenir que la jeunesse britannique a voté massivement pour l’UE. Et un jour, un jour nous nous reverrons, comme au bon vieux temps passé, comme le dit la vielle ballade Écossaise qui a fait le tour du monde.

Mais il faut que Dieu, et les peuples, d’ici là sauvent l’UE. Pas joué.

Lire l’article sur le site de TC

« L’Europe est le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres »

joecox

Jo Cox a été assassinée par un  homme d’extrême droite, apparemment lié à l’Alliance nationale, mouvement néo-nazi basé aux USA. Il aurait crié le slogan Britain first du mouvement ultra nationaliste du même nom, raciste et violent.

Les medias ont immédiatement évoqué un passé psychiatrique, peut-être mais chaque acte de violence révèle d’abord une violence et la violence sociale ne saurait se réduire à une pathologie. Ce serait se rassurer à bon compte. L’homme qui a tiré plusieurs coups de feu sur la députée britannique et l’a achevée à coups de couteaux est un homme raciste et violent qui est passé à l’acte. Aux experts de dire ce qu’il en est de son état mental…

Plus que jamais nous disons à nos amis anglais, nos alliés, nos voisins : restez, remain, nous avons besoin de vous comme vous avez besoin de nous.

Votre solitude orgueilleuse, prônée par des nationalistes et des démagogues suivis par combien de gens égarés ne vous apportera que plus de difficultés encore. L’assassinat de Jo Cox n’en est qu’une illustration tragique. On déteste les étrangers puis ensuite on se déteste soi-même, et d’ailleurs c’est peut être le contraire on se déteste tant soi-même que l’on déteste les autres.

La sauvagerie de cet assassinat nous ramène sur terre et sur ce que l’Angleterre n’est pas l’Eldorado libéral vanté par les amateurs de contines pour enfants qui ont la bien fâcheuse et naïve tendance à réduire l’Angleterre à la City de Londres.

Brexit No ! Remain !

Lire l’article sur TC