Le Parisien du 02/02/16

« Mais je maintiens que l’indignité nationale est la meilleure solution puisqu’il s’agit d’une privation des droits civiques et civils telle qu’elle avait été envisagée par le gouvernement provisoire de la Libération. »

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Parution du nouvel ouvrage de Jean-Pierre Mignard, Robert F. Kennedy, la foi démocratique, aux éditions Stock

cover JPM Kennedy

 

Le nouvel ouvrage de Jean-Pierre Mignard, Robert F. Kennedy, la foi démocratique, est paru aux éditions Stock.

Dans ce portrait alerte et vibrant, Jean-Pierre Mignard, socialiste et catholique engagé, ne dissimule pas son empathie. RFK incarne à ses yeux la quintessence de la « foi démocratique » : celle d’un leader politique audacieux et vertueux, liant la force du verbe et la résolution de l’action. À l’évidence, son admiration exprime aussi une aspiration pour la France.

À Marseille portons la kippa

kippa

L’agression dont a été victime un enseignant juif à Marseille, portant la kippa et reconnaissable à ce titre, est consternante et inquiétante pour l’avenir. L’âge de son agresseur, loin de constituer une circonstance atténuante, est un motif supplémentaire d’inquiétude.

En effet, qu’un adolescent se soit radicalisé, à l’insu de ses parents, apparemment de bonne foi, en dit long sur la dévastation causée dans l’esprit fragile ou fanatisé des adeptes d’un islamisme radical.

Chacun comprend l’angoisse qui a saisi la communauté juive de Marseille, d’autant que, dans cette ville, d’autres agressions de moindre gravité auraient déjà été commises.

Il ne nous appartient pas de prendre parti dans le débat interne aux Français de confession juive sur le port ou non de la kippa, et le risque qu’il peut représenter. Le président du consistoire israélite de Marseille a recommandé de ne plus la porter quelques temps. D’autres, comme le grand rabbin de France, ont estimé que ce ne serait pas acceptable de céder ainsi.

Et nous, les « nations », que faisons-nous ? Et bien, portons-la ! Nous le faisons lors d’obsèques juives ou lorsque nous assistons à une cérémonie dans une synagogue. Nous devons la porter aujourd’hui dans cette ville qui fut un lieu de confluence heureuse des religions et des traditions. Demain, peut-être, assurerons-nous les musulmans, les chrétiens ou d’autres croyants de la fermeté de notre engagement à leurs côtés.

Aujourd’hui, nous voulons dire aux juifs français que nous la porterons à Marseille. À leurs côtés, nous assumerons les mêmes risques et nous savons que, plus nous seront nombreux, plus ces risques diminueront.

Contre ce terrorisme funeste, la fraternité est le premier rempart.

Bernard Stephan et Jean Pierre Mignard
Co directeurs de la Rédaction de Témoignage chrétien

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Edito paru dans Ouest France le 12 janvier 2016

Pour un état d’urgence politique 

Notre pays traverse une période d’une gravité exceptionnelle. Nul ne peut prédire combien de temps elle durera tellement le soulèvement meurtrier et fanatique de Daesh vise dorénavant toutes les parties du monde avec comme premières victimes de masse les musulmans réfractaires à son ordre criminel.

Se défendre est une exigence pour nous tous du Nord au Sud. Pour la France c’est la République qui est attaquée, notre mode de vie la tolérance le pluralisme religieux et celui des idées, notre laïcité ouverte. Cela s’appelle la démocratie.

La démocratie se défend avec les moyens de la démocratie. Pas autrement. Elle se dote de moyens propres à résister mais sans jamais nier ses fondements. La Grande Bretagne de Churchill résiste sans se renier. Et elle finira par gagner. La France de De Gaulle et de Moulin résiste et le Conseil National de la Résistance mène une guerre patriotique et fonde une démocratie plus exigeante encore  dans le combat contre l’occupant nazi et ses comparses  de l’Etat vichyste.

Nous devons retrouver la même attitude ferme en termes d’ordre public et de valeurs irriguées par les droits de l’homme aujourd’hui. La victoire contre Daesh se fera aussi dans l’alliance et l’amitié avec l’Algérie la Tunisie et le Maroc ciblés et meurtris par le terrorisme. La question d’une éventuelle déchéance de nationalité de nos binationaux doit se discuter avec eux  car ils sont nos amis et nos alliés. Et à quoi bon d’ailleurs cette mesure qui divise, ne sert à rien, alors que tout symbole doit réunir ?

Enfin l’état d’urgence et les règles de procédure pénale d’exception, si lourdes de conséquence, doivent être approuvés par les forces se retrouvant dans l’arc constitutionnel républicain, en d’autres termes la droite et la gauche. La compétition meurtrière et les surenchères dangereuses sur ce sujet-là entre ces deux familles doivent cesser immédiatement. Aucune loi ne doit être examinée  ni prise sans un consensus afin d’être efficace, non excessive, ni surtout soumise à la surenchère de l’extrême droite nostalgique d’une nouvelle guerre d’Algérie. C’est cela  l’idéologie du « remplacement ».

Le pacte républicain, qui fonctionne en Suède et la coalition  qui s’est cristallisée dans un gouvernement  commun en Allemagne sont des exemples. La Chancelière Merkel en aura bien besoin…

Nous devons retrouver  60 ans plus tard l’esprit de la concorde née dans la tourmente de la deuxième guerre mondiale et mettre les ambitions politiques des chefs en parenthèse. Leurs destins seraient sinon des aventures personnelles et une épreuve supplémentaire infligée au pays. Tous les citoyens doivent devenir les témoins de cette unité salutaire, de ce pacte démocratique,  et le président de la République doit en être le premier des serviteurs.

 

Jean Pierre Mignard, avocat, maitre de conférences à Science PO, co directeur de la rédaction de Témoignage chrétien.