Pour Macron, pour faire repartir l’Europe.

Depuis très longtemps les drapeaux européens n’étaient pas apparus dans les meetings. Emmanuel Macron nous rappelle à nos engagements. Il nous rappelle que nous ne pouvons pas nous passer des autres, et comme il parle de son pays il nous dit que nous ne pouvons pas nous passer des autres pays. Il dit qu’aucune des grandes questions qui se posent à la France ne peut être traitée par la France seule ; le numérique, les migrations, la sécurité, les flux financiers.

Dit-il pour autant que l’Europe telle qu’elle est est parfaite. Non. Il propose un budget commun à la zone euro, un parlement de la zone euro composé pour moitié de députés européens et pour l’autre moitié de nationaux, avec un lien renforcé avec l’Allemagne, l’Italie et les pays fondateurs. La Grèce ne sera pas abandonnée. Une Europe rapprochée de ses peuples avec des conventions démocratiques dans chacun des pays de l’Europe pour regagner les opinions publiques à la cause européenne.

Il propose une protection tel un Buy European act comme celui existant aux Etats Unis aux frontières de l’Europe c’est à dire une taxation pour toute entreprise répondant à la commande publique dont la moitié des activités se situerait hors Europe. Nous l’avons fait, et réussi, sur l’acier chinois.

Il propose des comités de vigilance citoyens et d’ONG pour contrôler l’application des traits commerciaux dans lesquels des clauses sociales et environnementales seront incluses. A prendre ou à laisser. Mais il dit aussi que pour être entendu nous devons nous aussi respecter nos engagements et ne pas laisser filer des dettes insupportables pour les jeunes français demain.

Les anti U.E  masqués ou à découvert.

Trois autres candidats importants avancent l’une au grand jour, les deux autres masqués, même si ce ne sont pas les mêmes masques. M. Fillon d’abord et nous passerons vite n’est pas un militant de la cause européenne, avocat de la Russie de Poutine hostile à la politique migratoire de l’Allemagne, contempteur de la Convention européenne des droits de l’homme, méprisant vis-à-vis de la Grèce « qui ballade les européens » c’est un souverainiste dissimulé.

M. Melanchon est un internationaliste, l’ennui est que son internationalisme commence au-delà des frontières de l’Europe. Car il est hostile à l’Union européenne. Certes il dira le contraire. Il nous présente une Europe sociale à tel point qu’elle finit par devenir la France et encore, pas toute la France, la France insoumise. Nous avons 26 autres Etats en Europe. Nous ne décidons pas pour les autres. Et ce n’est pas Podemos en Espagne, d’ailleurs divisé sur la question qui suffira à bouger le rapport de force. M. Melanchon a rompu avec Alexis Tsípras, et Syrisa ralliés à l’UE. Donc sans accord possible avec quel qu’autre Etat européen existant, pas rêvé mais existant, il faudra passer au plan B, le vrai dessein, et il quittera l’Union européenne. En fait puisqu’il évoque l’indépendantisme français et la souveraineté nationale avons-nous pour horizon de devenir le Venezuela de l’Europe ? Enfin cette sympathie invraisemblable pour le régime Poutinien et cette intention de redessiner les frontières est, disons le net, inconséquent et dangereux.

Troisième souverainiste et cette fois franchement nationaliste, la candidate FN propose un « frexit ». Elle au moins va droit au but et ne s’embarrasse pas des rhétoriques des autres. La France aux français et M. Poutine, encore ! Mais qu’est ce qu’ils lui trouvent ? Lutter contre l’Europe, refaire des murs aux frontières, isolerait le pays et nous dresserait définitivement les uns contre les autres. Après les grecs dispendieux pour les uns (Le Pen)  et les allemands dominateurs pour les autres (Le Pen et Melanchon) , nous nous retrouverions tout seuls, « nous sommes chez nous » (Le Pen) comme si les questions du monde pouvaient être traitées dans le dérisoire refuge de ses frontières nationales. Et par exemple le climat. Le dirigeant psychopathe de Corée du Nord a d’ailleurs demandé à adhérer à la cop 21, même lui ! Dans cette course en sac contre l’Union européenne c’est Le Pen qui gagnera. A ce petit jeu les nationalistes sont les plus forts.

A moins encore que pour sortir de notre isolement les candidats  Melanchon et Le Pen aillent de concert rencontrer M. Poutine. Au fait savent-ils que les journalistes, les opposants,  les ONG démocrates russes sont arrêtés et harcelés ? Dites-le sur les marchés au moins aux équipes de M. Melanchon, avec les autres je crains que l’on perde son temps. Ce ne sont pas des discours cela, c’est la réalité réelle, la vérité vraie. Alors les camarades de la France insoumise ,pas un geste pour les Russes insoumis ?

Ne pas, ne plus parvenir, ni même vouloir s’entendre avec nos 26 autres peuples frères d’Europe c’est à terme de façon inéluctable se préparer à ne jamais pouvoir s’entendre entre nous, à se préparer une guerre sans fin entre nous. C’est une vérité quasi anthropologique, pas celle des vendeurs de songes et semeurs de divisions.  Voilà pourquoi je voterai pour notre unité, pour une Europe fraternelle, pour Emmanuel Macron.

La remise des caches d’armes de l’ETA à la police française est d’abord et avant tout une nouvelle qui conforte l’ordre public. Dans une période troublée et dangereuse nul ne peut mépriser une telle initiative qui fera définitivement taire ces armes. Il faut à ce titre saluer l’initiative des Artisans de Paix. Ce sont toujours des médiateurs libres et désintéressés et seulement motivés par le retour à la paix qui permettent la réussite de ce type de processus. Il faut les en remercier et les pouvoirs publics ne pas entraver leur action.

Pour avoir connu à titre professionnel des initiatives similaires c’est à titre personnel que je m’exprime sur ce qui se déroulera à Bayonne samedi 8 avril et que  je soutiens l’initiative des Artisans de la Paix.

Reste que la paix doit revenir dans les cœurs et les esprits en Espagne et en Euskadi. C’est un processus lent car les victimes des violences, et elles seules, disposent du pouvoir de pardonner. La justice restauratrice doit être parallèle à la justice tout court. Et le moment venu la réconciliation succéder au chagrin et à la haine.

Quand l’ancienne garde des sceaux ne discerne pas les racines et les références d’Emmanuel Macron

Les racines sont profondes, la laïcité de liberté de Briand, l’aversion tout droit inspirée de Clemenceau du colonialisme, le gaullisme social avec la nouvelle société de Chaban- Delmas, le club Jean Moulin, la deuxième gauche socialiste de Michel Rocard, l’engagement européen de la démocratie chrétienne de Robert Schuman et de la social-démocratie européenne à quoi il faut ajouter un ancrage dans le nouveau monde technologique du XXIe siècle et une citoyenneté active.

Il est issu et fait de tout cela. Il suffit de le lire de l’écouter et de bien vouloir lui accorder la sincérité de ses références.

Mais l’inculture, le sectarisme ou, pire, les deux, sont un bandeau pour les yeux et un bouchon pour les oreilles.

Encore dommage. Gardons-nous des sectaires.

Interview de Jean-Pierre Mignard dans l’Opinion

Le renouveau politique souhaité par Emmanuel Macron est-il le signe d’une crise profonde du système ?

Le système politique français à bout de souffle. La Ve République s’est construite en 1958 sur une menace de coup d’État. Il ne faut pas oublier que les parlementaires s’étaient réfugiés à l’Assemblée nationale et que l’on racontait que des listes étaient dressées. Le Général de Gaulle n’est pas un dictateur mais un républicain d’ordre. Il installe au départ une majorité qui ressemblera un peu à ce que devra faire Emmanuel Macron. C’est-à-dire qu’il labellise une majorité présidentielle, au sein de laquelle il y a le parti qu’il a créé, l’UNR, le MRP, la démocratie chrétienne, mais aussi la SFIO, dont la grande majorité des socialistes, derrière Guy Mollet, vont participer au gouvernement du Général de Gaulle jusqu’en 1960.

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Tribune libre sur l’Opinion

Eric Halphen et Jean-Pierre Mignard: «Le doigt et le bras»

« Chasse aux sorcières ». C’est par ces mots que Donald Trump a réagi aux appels à la démission de son ministre de la justice Jeff Sessions, soupçonné d’avoir menti sur ses rencontres de l’année passée avec l’ambassadeur de Russie. Si l’on a du mal à comprendre de quelles sorcières il pourrait bien s’agir, on perçoit sans difficulté la stratégie ainsi mise en œuvre par le président américain : quand certains pointent du doigt l’erreur ou la faute, rien de plus efficace pour contourner le problème que de se focaliser sur le doigt.

Ni chasse ni complot ni guerre, pourtant. Le journaliste et le juge ont un point commun : ils n’ont pas créé une histoire qui leur préexistait, ils se contentent de la découvrir ou de la raconter – et le cas échéant de la sanctionner. Piliers l’un et l’autre de la démocratie, ils sont là, tout simplement, pour chercher la vérité ou en appeler au respect des règles. La justice est dans une démocratie un pouvoir, ainsi la voyait Montesquieu. Elle est l’intermédiaire indispensable, le médiateur patient, le régulateur obstiné, l’instance pacificatrice sans laquelle les conflits inhérents à toute société conduiraient le corps social à s’entre-déchirer, voire pire. Ne confondons pas la partition avec ceux qui s’escriment à la déchiffrer.

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