Les primaires, le pire des systèmes… à l’exception de tous les autres

hilary

Avant-goût des présidentielles, les primaires occupent largement l’espace politique et médiatique. Que ce soit sur les partis, la vie politique aujourd’hui ou le fonctionnement des gouvernements, elles ont des effets non négligeables et sont révélatrices de failles qui peuvent devenir béantes. Première partie de notre analyse sur ces désormais incontournables préélections.

Y en aura-t-il pour le PS et les écologistes ? Et comment se passeront-elles pour Les Républicains ? Je résume les abîmes de réflexion dans lesquels verse la profession médiatique. Une autre question reparaît aussi : les primaires ne tuent-elles pas la vie politique et les partis ? Étrange nostalgie d’un passé pas si glorieux que cela. Tout cela ne nous emmènera pas bien loin.

Ce sont les États-Unis qui, à la fin du XIXe siècle, installent cette formule de sélection des candidats au coeur d’un système franchement présidentiel. Il dure encore et les campagnes primaires de Trump et Clinton ont satisfait à la règle : on bat l’adversaire de son propre camp à grand renfort d’électeurs et l’on s’allie ensuite à lui en reprenant des éléments de son programme – c’est le cas pour Clinton et Sanders –, ou on les envoie au diable – c’est le cas, plus rare, pour Trump.

En France, disons-le tout net, les partis n’ont pas bonne presse. Ils se sont effondrés lors de la défaite de 1940, qui, tant pis pour la réécriture euphorisante souhaitée par M. Fillon, a révélé l’ampleur du désastre français et la pénétration du venin maurrassien. De Gaulle ne les estimait guère et était sans doute plus en accord avec Brossolette, personnage inspiré et héroïque, qui voulait absorber les partis de la IIIe République dans un grand parti de la Résistance. Homme de gauche, il fut exclu de la Section française de l’internationale ouvrière (SFIO)… mais les nazis rendirent l’exclusion inutile. Moulin, héros immense, figure du radicalisme, les associa au sein du Conseil national de la Résistance. De Gaulle le soutint car c’était sa légitimité politique qui était en jeu. Sa raison parlait pour Moulin, mais son coeur était resté avec Brossolette. Dans la débâcle de 1958 et des guerres coloniales (que de débâcles ! et l’on s’étonne de la morosité française…), le retour de de Gaulle signa la capitis deminutio des partis, « expression du suffrage universel » et rien de plus. Et encore fut-ce une concession de de Gaulle faite à Debré. Mendès France, Cassandre inquiète, qui n’aimait ni les partis existants ni l’élection du président au suffrage universel, fut écarté par tous.

Les gaullistes créèrent autour de de Gaulle le Rassemblement du peuple français (RPF), qui devint avec l’Union pour la Nouvelle République (UNR) puis l’Union des démocrates pour la République (UDR) un parti ordinaire autour de Pompidou, concurrencé par la droite orléaniste giscardienne. Mitterrand ravit le PS à l’honnête Alain Savary pour en faire l’instrument de la prise du pouvoir présidentiel et de la marginalisation en son sein de son rival Michel Rocard. Bref, il ne resta plus que des partis formatés, devenu des machines de pouvoir au service des programmes dans le meilleur des cas et des ambitions personnelles dans la plupart des autres.

Nous en sommes là avec le tête-à-queue du congrès de Reims du PS et la folle équipée de l’UMP dans la désignation de son chef, les juges attendant aux portes. La présidentialisation du système a jusqu’au bout écrasé les dernières velléités des partis à servir de lieux de débat démocratique. Voilà pourquoi PS et LR ont choisi de se mettre à l’abri derrière leurs sympathisants pour retrouver par le nombre une efficacité ou du moins une légitimité qui avait disparu et que, selon moi, ils ont définitivement perdu sous les formes actuelles.

Reste le noyau des survivants de l’ère glaciaire, les partis césaristes à vocation autoritaire, le FN ou Debout la France à la droite extrême et, dans la gauche dite radicale, le Parti de gauche. Là, on ne discute pas, les chefs décident… mais n’est pas de Gaulle qui veut. Les primaires, décidément, c’est ce qui reste lorsque l’on a à peu près tout perdu.

Lire l’article sur TC