I-Télé, une révolte éthique

itelesite

Les journalistes d’I-Télé entament leur 11e journée de grève. Le motif est simple. Ils ne souhaitent pas que M. Morandini mis en examen dans une affaire de corruption de mineurs et de mineurs aggravée soit embauché par la chaîne où ils exercent leur métier.

Certains diront, mais que faites-vous de la présomption d’innocence ? Justement elle est accordée à M. Morandini mais les facilités de l’époque, la dégradation ahurissante de sa colonne vertébrale morale font qu’aucuns, naïfs ou intéressés, assimilent ce principe à une remise de décoration.

Eh bien non ! Nul n’est présumé innocent, ni vous ni moi cher lecteur, sauf, sauf si des indices graves ou concordants de participation à une commission d’infraction n’aient entraînés votre mise en examen. Pour M. Morandini cette mesure est assortie d’un contrôle judiciaire l’interdisant de tout exercice de son métier en relation avec les faits reprochés.

Ce n’est donc pas un tableau d’honneur, n’en plaise à M. Morandini, à M. Bolloré son employeur. Et si des journalistes estiment que l’exercice de leur métier et leurs obligations déontologiques sont contraires au côtoiement d’une telle personnalité en effet cela prouve qu’ils ont une conscience, rien de moins. Chose rare en effet par ces temps. Claude Mauriac et Jean d’Ormesson avaient fait jouer en leur temps la clause de conscience pour ne pas continuer à paraître dans le Figaro acquis par Robert Hersant.

L’information est le pilier de la démocratie. Ceux qui en font leur métier ont des exigences d’indépendance. Les journalistes d’I-Télé, jeunes pour la plupart, font valoir que cette cohabitation nuit au crédit de la chaîne et ainsi à celui de leur travail. Cela s’appelle l’éthique.

Il s’agit d’un coup porté sans retenue à une rédaction par un actionnaire qui se moque de tout cela comme d’une guigne. C’est une très mauvaise nouvelle. A ce rythme-là M. Zemmour pourra porter son point de vue maurassien sans problèmes de coexistence avec M. Morandini.

Il y a longtemps, la romancière Françoise Sagan dénonçait une télévision de l’insignifiance. Celle-ci est au contraire devenue très signifiante.

M. Morandini ravi de ses 100 000 téléspectateurs le premier jour de son émission s’en joue lui aussi. Il tonitrue « Merci le peuple » en forme de doigt d’honneur à ses détracteurs. Ben voyons… Quant aux journalistes on leur ouvre grands les portes, vous avez une conscience ? Très bien, c’est combien ? Voilà, prenez et disparaissez. Et c’est pour cela que ce qui fut une grande chaîne pionnière dans les années 80 et capable des plus hautes traditions journalistiques ne se voit plus offrir à ses journalistes d’autre alternative que de se coucher ou de partir.

Lire l’article sur TC