Témoignage chrétien, l’œcuménisme en résistance.

Témoignage Chrétien est né de la guerre et dans la guerre. Ces Cahiers avec « une brochure à couverture grise » comme tentera de les disqualifier Philippe Henriot le chef de la Milice, sont publié en 1941. Leur objectif, résumé par le Père Chaillet, jésuite: « Frapper très précisément au cœur même de la doctrine nazie pour montrer en quoi elle est intrinsèquement une négation du christianisme et de l’Homme ».

Les Cahiers s’échangeront sous le manteau au risque des arrestations dans les rues de Lyon d’abord puis se ramifieront dans toute la zone occupée et au-delà. C’étaient les réseaux sociaux de l’époque. Chaillet avait été délégué par l’Episcopat pour rejoindre les Amitiés chrétiennes où se retrouvaient protestants et catholiques, anti vichystes, dont le Pasteur de Prury et la vaillante Germaine Ribière.

Témoignage chrétien fut fondé originellement, à quelques semaines près, par les jésuites du scolasticat de Fourvière, en confluence avec des protestants, les uns et les autres réunis dans le sauvetage des juifs. Pour cette raison, il ne se dénomma pas catholique mais bel et bien chrétien, se voulant immédiatement œcuménique. On le voit sur le titre du premier cahier de 1941 avec la formule de Gaston Fessard « France prends garde de perdre ton âme ». Un travail de collage artisanal sur la couverture substitue « in extremis » chrétien à catholique.

Les jésuites de Lyon furent les initiateurs. Les protestants de la Cimade, Madeline Barot, le pasteur Georges Casalis, futur animateur de TC, avaient déjà entrepris le travail de secours dans la clandestinité. Il faut lire, dans TC, le message de Pâques de Roland de Prury stigmatisant « ces braves gens réalistes qui attendent de voir comment les choses vont tourner pour se décider à prendre parti ». C’est une flamme ce TC-là. « Notre 18 juin spirituel » dira, de Londres, Maurice Schuman.

On ne dira jamais assez combien cette convergence a rehaussé encore ce monument de la fidélité chrétienne qu’était TC, comme l’écrivait Jacques Maritain. Car ce que ses fondateurs, cathos ou parpaillots, avaient compris, c’est que le nazisme menait une lutte à mort contre le christianisme. D’où un an auparavant ce mot enfin si juste et si fort de Pie XI auquel les catholiques résistants s’accrochèrent : « Nous sommes tous spirituellement des sémites ».

Quand le pape Francois va venir honorer, à Lund, le 500e anniversaire de la Réforme, et le nom de Luther, chacun saura que c’est dans les brumes de Lyon et les lumières de la faculté jésuite de théologie de Fourvière que les premiers liens entre chrétiens se sont tissés à TC.

TC vit encore et applaudit à l’initiative du pape jésuite marquant avec éclat une réconciliation à laquelle les Roland de Prury, détenu à la prison Montluc de Lyon, Henri de Lubac, fait cardinal, Moreau de Montcheuil, aumônier du Vercors, fusillé, et Pierre Chaillet, Juste entre les Nations à Yad Vashem avaient osé tout donner. Du Concile de Vatican II puis de Jean XXIII à Francois, tous les Papes ont contribué. L’Eglise réformée a fait l’autre moitié du chemin.

Dans cette phase si tourmentée de l’histoire du monde, alors que les musulmans, croyants comme nous dans le même Dieu des origines, s’entre déchirent, cette rencontre de Suède, marquage symbolique de la réconciliation, est une lueur de ce que rien n’est impossible à la paix pour qui la veut. Et qu’à la fin, comme le psalmodie ce magnifique chant protestant, sur une composition d’Haendel, c’est pour ces héros si modestes au doux visage de Jésus, et à lui seul, que reviennent « la gloire et la victoire. Pour l’éternité. »

Article paru dans Ouest-France, le 29 octobre 2016