L’effacement des gauches

tsiprasAu moins, elles se seront toutes mises d’accord, les gauches. Elles sont toutes et sous toutes leurs formes éliminées de la compétition politique. Fini le sempiternel débat entre la gauche, l’extrême gauche, la gauche postcommuniste, la gauche sociale-démocrate, la gauche libérale, les écolos de gauche et ceux de gouvernement, et j’en passe. C’est fini ou sur le point de l’être… Elles sont toutes hors-jeu.

La grande défaite, c’est bien sûr celle du parti démocrate, c’est-à-dire de la gauche américaine. « Ah, mais ce n’était pas la vraie gauche », diront certains. On connaît cette antienne par coeur. Le Parti démocrate de Clinton, soutenue par Bernie Sanders, a échoué, comme Podemos et le PSOE en Espagne. La gauche espagnole divisée a dû céder le pouvoir à un régime politique décrié pour corruption. Pathétique, non ? La gauche anglaise a disparu de la vie publique britannique. Le SPD allemand n’a d’avenir tracé qu’avec la CDU et réciproquement. L’extrême droite monte.

À la logique du plus pur que moi tu meurs, les électeurs ont mis bon ordre. Ils ont renvoyé à la maison ceux qui, à force de ne pas s’entendre, sont devenus inaudibles. Qui parierait aujourd’hui sur Matteo Renzi en Italie, menacé par un échec au référendum, ou sur l’exécutif français ? Reste Syriza, qui gouverne contre son programme et les protestations populaires devant le parlement à Athènes. J’oubliais les altermondialistes, qui, c’est exact, n’ont pas eu le pouvoir en Europe mais ont tellement parié sur le Venezuela de Chavez que nul n’ose plus en parler. Les longues files muettes devant les magasins d’alimentation exigent de faire silence. Les images parlent… L’un des pays les plus riches d’Amérique latine pourtant.

Et le rouleau compresseur du nationalisme anticosmopolite poursuit son avancée, qui restera inexorable tant que les gauches auront l’anathème à la bouche et se priveront d’un inventaire sérieux de leurs carences et de leur déni des réalités : quel système social dans le marché mondial ? Quelle civilisation humaine à l’heure de la mondialisation, des grandes migrations et de la crise climatique ?

En attendant, il va bien falloir que ces gauches, pourtant si vétilleuses quant à la plus infime divergence entre elles, se mettent d’accord et votent pour les droites contre… l’extrême droite – si elles y arrivent, en fixant des conditions. Lesdites droites, libérales avec trente ans de retard, et plutôt archaïques, en auront bien besoin.

Les nationaux-populistes sont en embuscade. Les réveils seront rudes.

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