Interview de Jean-Pierre Mignard dans Libération

Vous aviez appelé François Hollande à renoncer à se représenter afin qu’il s’épargne une humiliation…

Ou sinon de passer par-dessus la primaire, absurde pour un sortant en Ve République. Il est grave, quand même, qu’un camp ait en quelque sorte démis son chef, le contraignant à renoncer. Après, comment ce camp peut-il encore gagner ? Le grand manque de François Hollande aura été théorique et même philosophique : il y a eu un déficit conceptuel pour dire ce vers quoi nous allions et pour le nommer. Il a été très conscient de cela, très vite, je le sais, mais il a avant tout cherché – sans y parvenir – à avancer entre les récifs en ne braquant ni son aile droite ni son aile gauche. Faute de clarification, cela a créé de l’ambiguïté, de l’insécurité et donc de la faiblesse. Il est resté bloqué dans le mantra de l’union des gauches alors qu’au fond de lui il savait très bien que c’était fini. Il aurait mieux fait de mettre des mots sur le socialisme post-industriel.

Au-delà de son seul cas, la social-démocratie semble dans l’impasse, en France mais aussi en Europe.

Dans le nouveau cycle qui s’ouvre, l’avenir de la social-démocratie, c’est d’être un parti progressiste démocrate comme c’est le cas aux Etats-Unis. C’est-à-dire un parti vaste, de Sanders à Clinton, et qui s’accepte comme tel. L’histoire du socialisme français est une histoire récurrente de procès en pureté, de mises à l’index, il faut en finir avec cette culture.

Le quinquennat a presque d’emblée été marqué par un procès en trahison dans une partie de la gauche…

Les «frondeurs», puisque c’est d’eux qu’il s’agit, ont porté des combats au nom de leurs idées. L’enjeu, c’est donc bien de faire naître une grande force de gauche capable de les faire cohabiter avec un Macron et où chacun contribue sans renier ce qu’il est. Au sein de la famille du Parti démocrate américain, on trouve des groupes sociaux très divers qui vont des militants d’Occupy Wall Street à des milliardaires philanthropes ou mécènes en passant par le regroupement syndical AFL-CIO et des minorités. A l’inverse, une forme de réflexe idéologique du PS empêche, fige, gèle les personnes ou les sensibilités dans des positions rigides qui jouent un rôle dévastateur sur le plan du fonctionnement d’un parti politique, le faisant en permanence se tourner sur lui-même, se dévorer et oublier les autres. C’est grave. Je rappelle que Mitterrand, lui, avait réussi, dans le PS, à reprendre une partie de la tradition de la SFIO et celle de Mai 68, mais aussi à la fois des chrétiens et le syndicat national des instituteurs.

Ce dépassement, c’est Macron qui l’incarne aujourd’hui ?

Il franchit les lignes et il rassemble. Il y un mouvement Macron, c’est incontestable. Des gens très divers le soutiennent. L’enjeu, c’est que chacun apporte son bien car c’est ainsi qu’on gagne une présidentielle. Il a une carte à jouer face à un Fillon tenu par son aile conservatrice. Macron, lui, sort de la guerre de tranchées entre la droite et la gauche. Il le fait de manière claire et transparente, sous les projecteurs d’une campagne présidentielle et en affirmant que, oui, le centre, la gauche et même la droite pro-européenne ont vocation à travailler ensemble comme c’est déjà largement le cas à l’échelle locale.

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